Cadre théorique analysant les conflits d'intérêts entre un mandant (principal) et son mandataire (agent), et les coûts économiques qui en résultent quand leurs objectifs divergent.
La théorie de l'agence est un cadre de la microéconomie institutionnelle formalisé notamment par Jensen et Meckling dans leur article fondateur de 1976 (Journal of Financial Economics). Elle modélise la relation entre un mandant (principal) qui délègue une tâche à un mandataire (agent), en présence d'asymétrie d'information et de divergence d'intérêts. Le principal ne peut pas observer parfaitement les actions de l'agent (aléa moral) ni ses caractéristiques préalables à la relation (anti-sélection). Pour aligner les comportements, il doit supporter des coûts d'agence : coûts de surveillance (monitoring), coûts d'engagement de l'agent (bonding) et perte résiduelle (residual loss) représentant la valeur détruite par la divergence irréductible d'intérêts. Dans le contexte de l'IA agentique, cette théorie est réinterprétée : les agents algorithmiques neutralisent la divergence d'intérêts traditionnelle (ils n'ont pas de syndicat, ni d'agenda personnel), mais créent une asymétrie d'information d'une nature nouvelle. L'opacité des réseaux de neurones profonds (boîte noire) fait que le principal humain ne peut pas retracer les raisonnements de l'agent dans des espaces vectoriels à haute dimension. L'hallucination algorithmique devient ainsi l'équivalent moderne de la perte résiduelle : non plus une divergence d'intérêts, mais une divergence de représentation entre la réalité et l'output de l'agent. Ce renversement de la structure d'information modifie fondamentalement les conditions d'une délégation fiable.
Dans une compagnie d'assurance ayant automatisé son traitement des sinistres, le directeur sinistres (principal) délègue à un agent LLM l'analyse des dossiers. La divergence d'intérêts classique disparaît : l'agent n'a aucune raison personnelle de biaiser son analyse. Mais l'asymétrie d'information persiste sous une autre forme : le directeur ne peut pas retracer pourquoi l'agent a rejeté un dossier particulier, ce qui compromet le respect des obligations légales de motivation des décisions de refus.
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