Les réponses et les explications de chaque question s’affichent ici une fois le parcours terminé. Elles renvoient alors vers la fiche du glossaire correspondante, où la notion est traitée en entier avec son exemple chiffré.
1. Une tempête endommage à la fois la machine d'un porte-conteneurs et une partie de sa cargaison. Combien de polices interviennent, et lesquelles ?
Deux au moins, l'assurance corps pour le navire et l'assurance facultés pour la cargaison, souscrites par des personnes différentes
L'assurance corps couvre le navire lui-même, sa coque, ses machines, ses équipements de propulsion et de navigation. L'assurance facultés couvre les marchandises, et elle est souscrite par le propriétaire de la cargaison indépendamment du navire qui la transporte. Deux polices, deux assurés, deux intérêts distincts, et la confusion entre les deux est l'erreur la plus fréquente en assurance maritime : le chargeur qui croit être couvert par la police de l'armateur le découvre au sinistre. Une troisième couverture existe encore, distincte des deux premières, celle du club de protection et d'indemnité, qui prend la responsabilité de l'armateur envers les tiers et non les dommages à son propre navire.
Fiche du glossaire · corps-machine-hull-machinery2. Pour sauver le navire menacé, le commandant fait jeter à la mer une partie de la cargaison. Qui supporte cette perte ?
Toutes les parties prenantes, armateur et chargeurs, au prorata, selon les règles York-Anvers
C'est l'avarie commune, l'un des concepts fondateurs du droit maritime : lorsque le commandant est contraint de sacrifier une partie de la cargaison ou du navire pour sauver l'ensemble, toutes les parties contribuent proportionnellement à la perte, et les règles York-Anvers en régissent le calcul. Deux conditions font la qualification et elles se vérifient : le sacrifice doit être volontaire et accompli pour le salut commun, ce qui le distingue d'une avarie ordinaire subie. La conséquence surprend souvent le chargeur : ses marchandises peuvent arriver intactes et lui devoir tout de même une contribution. C'est une institution de partage du risque antérieure à l'assurance elle-même, et qui fonctionne toujours.
Fiche du glossaire · assurance-marine3. Un chargeur compare deux offres, l'une en clauses A de l'Institute, l'autre en clauses C. Qu'est-ce qui les sépare ?
L'étendue : A couvre tous risques sauf exclusions listées, C ne couvre que des risques nommés
Les clauses A, B et C de l'Institute définissent des niveaux de garantie décroissants : A est la plus complète, tous risques sauf exclusions énumérées, C la plus restrictive, risques nommés. La conséquence pratique est plus lourde qu'un simple périmètre : sous C, une perte dont la cause n'est pas dans la liste n'est pas couverte, même si elle est manifestement fortuite, et la charge de la preuve se déplace vers l'assuré qui doit rattacher son sinistre à un risque nommé. La durée de la garantie, du départ à la destination en incluant la manutention et le stockage intermédiaire, relève d'une autre clause, dite de transit, et ne distingue pas A de C.
Fiche du glossaire · facultes-marchandises-cargo4. Après une marée noire, la responsabilité de l'armateur atteint un montant qu'aucun assureur ne porterait seul. Comment le marché maritime la couvre-t-il ?
Par une mutuelle d'armateurs, les membres se réassurant entre eux puis au sein d'un groupe international qui mutualise les très gros sinistres
Les clubs de protection et d'indemnité sont des mutuelles d'armateurs qui couvrent la responsabilité liée à l'exploitation : dommages corporels aux équipages et aux passagers, pollution marine, dommages aux installations portuaires, responsabilité pour les marchandises transportées, frais d'enlèvement d'épave. Cette responsabilité est distincte des dommages au navire, qui relèvent du corps, et la confondre est l'autre erreur classique de la branche. La structure mutualiste n'est pas un vestige : elle répond au fait que ces montants dépassent ce qu'un porteur unique accepterait, et la couverture s'obtient par mise en commun plutôt que par transfert, le membre étant à la fois assuré et porteur du risque des autres. Pour la réassurance, le pool des clubs est un acheteur majeur de capacité sur les responsabilités catastrophiques.
Fiche du glossaire · clubs-pi-protection-indemnity5. Un armateur constate que sa police corps exclut les périls de guerre, de mines, de piraterie et de saisie. Comment se couvre-t-il, et qu'est-ce qui caractérise cette couverture ?
Par une garantie distincte, souvent résiliable à court préavis, avec des surprimes calculées au passage des zones exposées
La garantie de guerre maritime couvre les navires et leurs cargaisons contre la guerre, le conflit armé, les mines, la piraterie, la saisie et la confiscation, périls traditionnellement exclus des polices corps et facultés classiques. Elle se souscrit séparément, et deux traits la distinguent de tout le reste du marché : des clauses de résiliation à court préavis, qui permettent à l'assureur de réviser les conditions à mesure que la géopolitique bouge, et des surprimes calculées au passage, en fonction de l'exposition réelle du trajet plutôt que sur une année. Les tensions en mer Rouge, dans le golfe Persique ou en mer Noire font varier brutalement les tarifs et la capacité disponible. Pour le souscripteur, le péril combine une accumulation, plusieurs navires pouvant être touchés par un même évènement, et une volatilité qui suit l'actualité.
Fiche du glossaire · risque-guerre-maritime6. Un navire aux structures de propriété opaques traîne son ancre et sectionne un câble sous-marin, puis invoque une manoeuvre accidentelle. Pourquoi l'exclusion de guerre est-elle si difficile à appliquer ?
Parce que l'absence de preuve d'intention empêche d'attribuer l'acte à un État, et que cette déniabilité est précisément ce que ce navire apporte
La flotte fantôme désigne des navires aux structures de propriété délibérément opaques, immatriculés sous pavillon de complaisance et souvent dépourvus d'assurance occidentale standard, employés pour échapper aux sanctions ou pour agir sans laisser de trace attribuable. Dans la guerre hybride, ils servent de moyen de sabotage discret, notamment en traînant leur ancre sur les fonds pour endommager les câbles de communication et d'énergie, comme les incidents répétés en Baltique depuis 2024 l'illustrent. Leur intérêt stratégique tient exactement à ce que l'exclusion cherche à saisir : une avarie peut toujours être présentée comme accidentelle. Noter que le sinistre est bien réel du côté du propriétaire du câble, dont la perte ne dépend pas de savoir si le navire était assuré : c'est la qualification, pas l'existence du dommage, qui est en cause.
Fiche du glossaire · flotte-fantome7. Sur quoi porte l'analyse d'un souscripteur corps, et qu'est-ce que l'augmentation de la taille des navires y change ?
Sur l'âge et l'état du navire, la qualité de l'armateur et de la gestion technique, les zones de navigation et le profil d'exploitation, la taille croissante concentrant des montants qui aggravent la sévérité
L'analyse porte sur l'âge et l'état du navire, la qualité de l'armateur et de sa gestion technique, les zones de navigation et le profil d'exploitation, qui déterminent ensemble la fréquence et la gravité des avaries. La taille est le facteur qui a le plus bougé : porte-conteneurs géants, méthaniers, navires de croisière concentrent des montants assurés considérables, et une seule avarie engage désormais bien plus de valeur qu'il y a vingt ans, ce qui déplace la sévérité sans que la fréquence ait changé. La réponse sur la cargaison décrit une autre police, souscrite par une autre partie : ce que transporte le navire n'entre pas dans l'analyse corps, sauf par les périls propres à certaines marchandises.
Fiche du glossaire · corps-machine-hull-machinery8. Un entrepôt à statut fiscal suspensif conserve des centaines d'oeuvres appartenant à des assurés différents, couvertes par des polices distinctes. Qu'est-ce que cela crée pour un assureur de la branche spécie ?
Un risque d'accumulation : un incendie ou un dégât des eaux frappe simultanément des polices sans lien entre elles
Un port franc suspend droits et taxes tant que les biens n'en sortent pas, et Genève, le Luxembourg et Singapour abritent les plus connus. Conçus pour le négoce, ils sont devenus des lieux de conservation de long terme où dort une part considérable de la valeur artistique mondiale. Pour l'assurance, deux problèmes distincts s'y logent. Le premier est l'accumulation, caractéristique de la branche spécie : un sinistre unique frappe des centaines d'oeuvres appartenant à des assurés différents, couvertes par des polices séparées mais exposées au même évènement, ce qui produit un scénario comparable à une catastrophe naturelle sur un portefeuille dommages concentré. Le second est un enjeu de conformité, l'opacité de ces lieux nourrissant des préoccupations de blanchiment qui alourdissent les obligations de vigilance des assureurs comme des intermédiaires.
Fiche du glossaire · port-franc9. Pourquoi l'exposition d'accumulation de la branche facultés a-t-elle crû avec la mondialisation des flux ?
Parce que les valeurs se concentrent dans quelques grands ports et sur des navires toujours plus grands, et que les flux passent par un petit nombre de points de passage
La garantie suit la marchandise du départ à la destination, manutention et stockage intermédiaire compris, donc elle s'accumule partout où la marchandise s'arrête. La mondialisation a concentré les flux : un incendie dans un grand port, ou la perte d'un très grand navire, touche simultanément un grand nombre de polices sans lien entre elles, exactement comme au port franc mais à une autre échelle. La branche est en outre sensible aux ruptures de chaîne d'approvisionnement et à des expositions récentes, conteneurs perdus en mer et marchandises sensibles à la température. La souscription regarde donc la nature des marchandises, les itinéraires, les modes et l'emballage ; la question de portefeuille, elle, est de savoir ce qui passe au même endroit au même moment.
Fiche du glossaire · facultes-marchandises-cargo