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Étape 4 / 6

La franchise, le délai de carence, et ce qu'ils achètent

9 min de lecture

Une police cyber porte deux franchises qui ne se comparent pas, et les présenter côte à côte dans un tableau d'offres est la façon la plus sûre de faire choisir à un assuré ce qui ne lui convient pas. La franchise en montant retire une somme fixe de chaque indemnité, quelle que soit la durée de l'incident. La franchise temporelle, ou délai de carence, retire les premières heures d'interruption, quel qu'en soit le coût. La première est un pourcentage du sinistre, la seconde est une part de sa durée, et deux offres au même prix peuvent laisser à la charge de l'assuré des montants qui diffèrent d'un facteur cinq selon le profil de ses incidents.

Il faut d'abord voir que le délai de carence n'agit pas là où l'intuition le place. Une franchise en montant mord sur les gros sinistres comme sur les petits, proportionnellement plus sur les petits. Un délai de carence, lui, élimine purement et simplement toute une classe d'évènements : si la garantie ne joue qu'après vingt-quatre heures, aucun incident de dix-huit heures n'ouvre le moindre droit, et ces incidents-là sont les plus nombreux. C'est un couperet et non un abattement, et c'est ce qui le rend si mal compris : il ne réduit pas l'indemnité, il supprime le sinistre.

L'arithmétique se fait sur le profil réel des interruptions de l'assuré, et elle se fait avant de signer. Une entreprise dont les incidents durent typiquement quatre à quarante-huit heures est très exposée au choix du délai : à douze heures, une grande partie de ses évènements est couverte ; à vingt-quatre, la moitié disparaît ; à quarante-huit, il ne reste que les catastrophes. Une entreprise dont les incidents, quand ils surviennent, durent des semaines parce que sa reconstruction est lourde, est presque indifférente au délai et très sensible à la franchise en montant. Ce sont deux profils opposés, et un même tableau comparatif les traite de la même manière.

Vient une subtilité de calcul que les contrats formulent de trois façons différentes et qui change le résultat. Le délai peut être franchise, auquel cas les heures écoulées ne sont jamais indemnisées et se déduisent toujours ; il peut être seuil, auquel cas le franchissement du délai ouvre la garantie depuis la première heure ; il peut enfin être une combinaison où la garantie court depuis le délai mais où une durée minimale d'indemnisation est acquise. Sur une interruption de trente heures avec un délai de vingt-quatre, ces trois rédactions donnent six heures, trente heures et un forfait. Cette ligne se lit, et elle pèse plus que le nombre d'heures affiché.

Il faut ajouter que le délai de carence interagit avec la conduite du sinistre, ce qui n'est le cas d'aucune franchise en montant. Une entreprise qui sait que sa garantie s'ouvre à vingt-quatre heures n'a aucune raison de se précipiter pour redémarrer en dix-huit, et cette incitation est réelle même si personne ne la formule. À l'inverse, une reprise partielle rapide peut faire sortir l'assuré du délai sans le faire sortir de la perte, puisqu'un retour à quarante pour cent n'est pas un retour. La façon dont le contrat définit l'interruption, totale ou substantielle, décide alors de tout, et cette définition se trouve rarement à côté du nombre d'heures.

Un mot sur ce que ces deux franchises achètent réellement, car ce n'est pas la même chose. Une franchise en montant achète une réduction de prime en laissant à l'assuré la part qu'il peut absorber sur sa trésorerie. Un délai de carence achète une réduction de prime en sortant du contrat toute une famille d'évènements, ceux dont la fréquence est la plus forte et le coût unitaire le plus faible, c'est-à-dire précisément ceux que l'assureur ne veut pas gérer. Les deux réduisent le prix pour des raisons différentes, et un assuré qui comprend cette différence sait laquelle des deux correspond à ce qu'il cherche.

La méthode tient en trois étapes qui prennent une heure. Établir le profil de durée des interruptions passées, même approximatif, même sur des incidents non assurés : c'est la donnée qui décide. Lire, dans chaque offre, non pas le nombre d'heures mais le mode de calcul, franchise, seuil ou forfait, et refaire le calcul sur une interruption type. Et vérifier la définition de l'interruption, totale ou substantielle, parce qu'une reprise partielle traitée comme une reprise ferme le compteur avant la fin de la perte. Un tableau comparatif qui n'a pas ces trois éléments compare des prix et rien d'autre.

Le cas travaillé

Une entreprise de services numériques reçoit deux offres au même prix. L'offre A porte une franchise en montant de 150 000 euros et un délai de carence de huit heures. L'offre B porte une franchise de 25 000 euros et un délai de carence de quarante-huit heures. Sur les quatre dernières années, l'entreprise a subi six interruptions significatives : 6 heures, 11 heures, 14 heures, 20 heures, 31 heures et une de 9 jours. Sa marge horaire est de 4 200 euros. Le courtier présente les deux offres dans un tableau et laisse choisir. Que faut-il calculer ?

L'analyse

Le tableau du courtier compare deux prix identiques et cache un écart considérable, parce qu'un délai de carence n'est pas un abattement mais un couperet : il ne réduit pas l'indemnité, il supprime le sinistre. Sur les six incidents observés, l'offre B à quarante-huit heures n'en couvre qu'un seul, celui de neuf jours ; les cinq autres, de 6 à 31 heures, sortent entièrement du contrat quelle que soit leur charge. L'offre A à huit heures en couvre cinq sur six. Le calcul se fait sur la marge horaire de 4 200 euros. Sur l'incident de 31 heures, l'offre A indemnise, après huit heures de carence et 150 000 euros de franchise, une perte de 23 heures soit 96 600 euros, ce qui reste sous la franchise et ne donne rien ; l'offre B ne s'ouvre pas. Sur les incidents de 11, 14 et 20 heures, aucune des deux ne paie, la franchise en montant de A étant trop haute et le délai de B trop long. Sur l'incident de neuf jours, 216 heures et environ 907 000 euros, A indemnise 907 000 moins la carence et 150 000 de franchise, B indemnise à partir de la quarante-huitième heure moins 25 000. C'est là que le mode de calcul décide, et le tableau ne le donne pas : selon que le délai est franchise ou seuil, B verse 685 000 ou 882 000 euros. Ce qu'il faut demander tient en trois questions : le mode de calcul du délai dans chaque offre, la définition de l'interruption, totale ou substantielle, et le sort d'une reprise partielle. Sans ces trois réponses, les deux offres ne se comparent pas, et le profil de cette entreprise, dont cinq incidents sur six durent moins de quarante-huit heures, plaide pour le délai court même avec une franchise plus haute.

Ce qu'il faut retenir
  • 01Une franchise en montant réduit l'indemnité ; un délai de carence supprime le sinistre, et c'est un couperet et non un abattement.
  • 02Le délai élimine la classe d'évènements la plus nombreuse, celle dont le coût unitaire est le plus faible : c'est ce que l'assureur ne veut pas gérer.
  • 03Trois rédactions du délai coexistent, franchise, seuil ou forfait, et sur une interruption de trente heures elles donnent six heures, trente heures ou un forfait.
  • 04Le profil de durée des interruptions passées est la donnée qui décide, et il se reconstitue même sur des incidents non assurés.
  • 05Une reprise partielle traitée comme une reprise ferme le compteur avant la fin de la perte : la définition de l'interruption pèse autant que le nombre d'heures.
Les notions de ce module