Ensemble de conditions théoriques définissant les caractéristiques qu'un risque doit posséder pour être assurable par le marché privé, formalisées par Baruch Berliner en 1982.
Les critères de Berliner sont un cadre normatif fondamental de la théorie de l'assurance, formulés par Baruch Berliner dans son ouvrage Limits of Insurability of Risks (Prentice Hall, 1982). Berliner identifie neuf conditions nécessaires, regroupables en trois dimensions. La dimension actuarielle requiert que les pertes se produisent de façon aléatoire et indépendante (permettant la mutualisation), que la fréquence et la sévérité moyennes soient estimables à partir de données historiques suffisantes, que la perte maximale potentielle reste bornée et finançable par les fonds propres de l'assureur, et que la prime requise soit économiquement viable (ratio prime/exposition cohérent). La dimension comportementale exige que le risque moral soit maîtrisable (l'assuré ne doit pas pouvoir influencer la probabilité du sinistre sans que l'assureur s'en aperçoive) et que l'anti-sélection reste gérable (les assurés ne doivent pas disposer d'une information privée trop supérieure à celle de l'assureur). La dimension sociale et réglementaire requiert l'absence de restriction légale ou d'ordre public à la souscription du risque et la conformité de la prime avec les contraintes de marché. Ces critères ne sont pas binaires mais continus : lorsqu'une condition se dégrade partiellement, l'assurabilité ne disparaît pas mais se traduit par des primes plus élevées, des franchises plus importantes, des sous-limites ou des exclusions. Le risque climatique physique et le risque cyber systémique compromettent structurellement plusieurs de ces critères simultanément, ce qui explique les retraits de marché observés.
Appliqués au risque cyber d'accumulation, les critères de Berliner révèlent trois défaillances simultanées : l'indépendance des sinistres est compromise (corrélation technologique quasi-parfaite en scénario CrowdStrike), l'estimabilité de la fréquence est compromise (données insuffisantes et évolutives), et la perte maximale reste difficile à borner (potentiel d'accumulation de 20 à 46 milliards de dollars à horizon bicentennal selon Munich Re). C'est cette convergence de défaillances qui rend la souscription systémique non rentable pour le secteur privé seul.
Berliner criteria, conditions d'assurabilité, limites de l'assurabilité