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Étape 5 / 8

Casser ou sous-produire : trois étages sous le mot essai

9 min de lecture

Le module sur la période d'essais traite du temps : quand la fenêtre s'ouvre, comment elle se compte, quand elle se referme. Il ne dit pas ce qu'on essaie, et c'est une lacune parce que le mot essai recouvre trois opérations qui n'ont ni le même objet, ni le même risque, ni le même sort en assurance. Les confondre conduit à croire couvert ce qui ne l'est pas, et surtout à situer au mauvais endroit le moment où le projet devient dangereux.

Le premier étage est celui des essais mécaniques. On vérifie que l'installation est correctement montée : continuité des circuits, étanchéité sous pression froide, rotation à vide, réponse des organes de sécurité. Rien ne produit encore, l'énergie mise en jeu reste faible, et la nature du risque est celle du montage. C'est le seul étage où un incident reste généralement local, et c'est aussi celui où l'on découvre les défauts les moins coûteux à corriger, ce qui explique qu'une campagne mécanique bâclée pour gagner trois semaines coûte presque toujours davantage plus tard.

Le deuxième étage est celui des essais de mise en service, où l'installation reçoit pour la première fois ce qu'elle est faite pour transformer. C'est l'étage que le module de la période d'essais décrivait : les protections partiellement inhibées, les réglages provisoires, la première montée en charge. Le risque y change de nature parce que l'énergie devient réelle, et il s'y ajoute une difficulté qui lui est propre : à ce stade, l'installation appartient encore à l'entrepreneur au sens des risques, mais elle est opérée par des équipes mixtes où le personnel de l'exploitant apprend. La responsabilité d'un incident se discute alors entre deux organisations dont aucune n'a le contrôle exclusif.

Le troisième étage est celui des essais de performance, et il est d'une tout autre nature. On ne vérifie plus que l'installation fonctionne, on mesure ce qu'elle produit : un débit, un rendement, une consommation spécifique, une disponibilité sur une durée. L'enjeu n'est plus la sécurité mais le contrat, car ces mesures déclenchent la réception, libèrent des paiements, et déterminent si des pénalités de performance sont dues. Un essai de performance raté n'est presque jamais un sinistre : c'est une inexécution contractuelle, et la police n'y a aucune part.

Cette distinction est la plus utile du module, parce qu'elle sépare deux flux d'argent que les projets mélangent. Un équipement qui casse pendant un essai relève de la police, sous les conditions décrites au module de la période d'essais. Un équipement qui ne casse pas mais qui produit dix pour cent de moins que garanti relève du contrat de fourniture, et se règle en pénalités de performance ou en réfaction de prix. Le premier est un dommage, le second une déception. Réclamer le second à un assureur est le même contresens que réclamer des sujétions imprévues, décrit au module du maître d'ouvrage public.

Une zone grise existe pourtant, et elle porte des montants sérieux : l'équipement qui n'atteint pas sa performance parce qu'il a été endommagé pendant un essai antérieur. La perte de performance a alors une cause matérielle garantie, et la question devient celle du lien, c'est-à-dire exactement le raisonnement du module sur le rôle causal appliqué dans l'autre sens. Il faut établir que le manque de rendement procède du dommage et non d'une conception qui n'aurait de toute façon pas tenu ses promesses, et cette démonstration repose sur des mesures faites avant le dommage, que personne ne pense à conserver.

Le lien avec la garantie de retard mérite d'être posé nettement pour finir. Un essai de performance qui échoue impose de reprendre, de modifier, puis de réessayer, ce qui décale la mise en service exactement comme le ferait un dommage. Mais la garantie de retard exige un dommage matériel garanti à l'origine du décalage, et une contre-performance n'en est pas un. Le projet subit donc un retard réel, chiffrable, dont aucune indemnité ne viendra, et dont la seule compensation possible est contractuelle, auprès du fournisseur. C'est la même configuration que celle de l'intempérie décrite au module des pénalités : le retard existe, il coûte, et l'assurance n'y est pour rien.

Le cas travaillé

Une unité de séparation doit atteindre 940 tonnes par jour et une consommation spécifique garantie. Les essais mécaniques s'achèvent en janvier. En mars, pendant les essais de mise en service, une surpression endommage un échangeur, réparé pour 1,2 million d'euros pris en charge par la police, et les essais reprennent en juin. En septembre, l'essai de performance mesure 880 tonnes par jour, soit 6,4 % en dessous de la garantie, et la consommation spécifique dépasse de 3 %. Le fournisseur soutient que l'échangeur réparé n'a pas retrouvé ses caractéristiques d'origine. Le maître d'ouvrage subit six mois de décalage supplémentaires et réclame à son assureur le manque à produire et le retard. Que peut-il obtenir ?

L'analyse

Il faut ranger les trois étages avant de répondre, sans quoi tout se mélange. La surpression de mars est un dommage matériel survenu pendant les essais de mise en service : la police a joué, 1,2 million réglé, ce point est clos. Le manque de 6,4 % mesuré en septembre est d'une autre nature : rien n'est cassé, l'installation fonctionne et produit moins que promis, ce qui est une inexécution contractuelle et non un sinistre. Le réclamer à l'assureur est le contresens du dossier, et la compensation, si elle existe, se trouve dans les pénalités de performance du contrat de fourniture. Reste la zone grise, qui est le vrai sujet et que le fournisseur a ouverte lui-même : si l'échangeur réparé n'a pas retrouvé ses caractéristiques, alors la contre-performance a une cause matérielle garantie, et l'on retombe sur le raisonnement du rôle causal, appliqué dans l'autre sens. La démonstration exige de comparer les performances avant et après le dommage, donc de disposer des mesures de janvier et de mars ; sans elles, personne ne pourra distinguer un échangeur mal réparé d'une conception qui n'aurait de toute façon pas tenu ses 940 tonnes. Quant aux six mois de décalage, ils ne procèdent pas du dommage de mars mais de l'échec de l'essai de septembre : la garantie de retard exige un dommage matériel à l'origine du décalage, et une contre-performance n'en est pas un. Le retard est réel, il coûte, et aucune indemnité ne viendra.

Ce qu'il faut retenir
  • 01Trois étages sous un même mot : essais mécaniques, où rien ne produit encore ; essais de mise en service, où l'énergie devient réelle ; essais de performance, où l'on mesure ce que l'installation produit.
  • 02Un essai de performance raté n'est presque jamais un sinistre : c'est une inexécution contractuelle, qui se règle en pénalités de performance et non auprès d'un assureur.
  • 03Casser et sous-produire sont deux flux d'argent différents : le premier est un dommage, le second une déception, et les projets les mélangent constamment.
  • 04La zone grise est l'équipement qui sous-produit PARCE QU'il a été endommagé : la démonstration repose sur des mesures faites avant le dommage, que personne ne pense à conserver.
  • 05Un échec de performance décale la mise en service sans ouvrir la garantie de retard, faute de dommage matériel à l'origine : le retard existe, il coûte, et l'assurance n'y est pour rien.

Les notions de ce module