Le stop loss est la troisième forme non proportionnelle et la plus large des trois. Là où un excès de sinistre par risque découpe un sinistre et où un excès par évènement découpe un évènement, le stop loss découpe un exercice entier. Il se déclenche quand la charge annuelle de sinistres de la cédante, tous sinistres confondus, dépasse un seuil exprimé le plus souvent en pourcentage des primes acquises, et il paie au-dessus jusqu'à un plafond lui aussi exprimé en points de ratio.
La notation ressemble à celle d'une couche mais l'unité change, et c'est ce qui la rend piégeuse. Un stop loss décrit comme « 30 points en excédent de 80 % » ne parle pas de millions : il dit que la cédante porte sa sinistralité jusqu'à 80 % de ses primes acquises, et que le réassureur prend ensuite ce qui se situe entre 80 % et 110 %. Traduire en euros demande de connaître l'assiette de primes de l'exercice, laquelle n'est pas connue au moment où l'on achète, ce qui est déjà une différence notable avec une couche ordinaire.
Ce que le stop loss protège, aucune autre structure ne le protège : l'accumulation de fréquence. Un exercice peut être mauvais sans le moindre sinistre grave, simplement parce qu'il y en a eu trop. Une année de grêle répétée, une sinistralité automobile qui dérive de quelques points, une branche santé qui subit une épidémie ordinaire : rien de tout cela ne franchit une priorité par risque ni une priorité par évènement, et tout cela ruine un compte. Le stop loss est le seul traité qui regarde le résultat plutôt que les sinistres.
C'est précisément pour cette raison qu'il se place difficilement, et la difficulté n'est pas commerciale, elle est structurelle. En couvrant le résultat, il couvre indistinctement ce qui relève du hasard et ce qui relève de la conduite de l'entreprise : une tarification insuffisante, une croissance mal maîtrisée, un relâchement de la souscription, une provision constituée trop tard. Le réassureur ne sait pas séparer les deux depuis l'extérieur, et il sait que la cédante, elle, les distingue parfaitement. L'aléa moral n'est pas ici un risque théorique, il est le sujet central de la négociation.
Trois réponses à cela reviennent dans presque tous les placements, et on les reconnaît à ce qu'elles rendent le contrat inconfortable. La première est un seuil placé haut, franchement au-dessus du point mort, de sorte que la couverture ne joue que sur un exercice réellement anormal et jamais sur un exercice simplement décevant. La deuxième est une participation de la cédante au-delà du seuil, souvent de dix ou vingt pour cent, qui maintient un intérêt à limiter la charge même quand le traité paie. La troisième est un plafond en points, qui borne l'engagement du réassureur quoi qu'il arrive.
S'y ajoutent des exclusions qui paraissent techniques et qui sont en réalité le cœur du contrat. Un stop loss exclut fréquemment les périls déjà couverts ailleurs dans le programme, pour ne pas payer deux fois le même sinistre, et il exclut souvent la part de dérive imputable à un changement de périmètre : une branche nouvelle, une acquisition, une modification de politique de souscription. Lire un stop loss sans lire ses exclusions revient à lire un plafond sans son assiette.
Il faut enfin se méfier d'une lecture qui en fait une assurance du résultat, parce qu'elle est fausse dans les deux sens. Le stop loss ne garantit pas un ratio combiné : il ne regarde que la charge de sinistres, et laisse entièrement dehors les frais généraux, les frais d'acquisition et le coût des autres traités de réassurance. Une cédante peut donc franchir son seuil de stop loss et rester déficitaire, ou rester sous son seuil et perdre de l'argent par ses frais. Ce qu'on achète est une borne sur une composante du résultat, nommée avec précision, et rien de plus.
Une mutuelle santé achète pour l'exercice 2026 un stop loss « 25 points en excédent de 82 % », avec une participation de la cédante de 10 % au-delà du seuil, sur des primes acquises estimées à 120 millions d'euros. L'exercice se clôt avec 118 millions d'euros de charge de sinistres pour 124 millions de primes acquises réelles, et des frais généraux et d'acquisition de 19 % des primes. Le directeur général demande si le traité ramène la mutuelle à l'équilibre.
Le premier geste est de recalculer sur l'assiette réelle et non sur l'estimation, car le seuil est exprimé en pourcentage des primes acquises constatées. Avec 118 millions de charge pour 124 millions de primes, le ratio de sinistralité s'établit à 95,2 %. Le seuil de 82 % correspond à 101,7 millions, et le plafond de 25 points au-dessus, soit 107 %, correspond à 132,7 millions : la charge de 118 millions tombe donc bien dans la couche et n'en atteint pas le sommet. L'excédent au-dessus du seuil est de 118 moins 101,7, soit 16,3 millions. La participation de 10 % laisse 1,63 million à la charge de la mutuelle, et le réassureur paie 14,67 millions. Après traité, la charge nette revient à 103,3 millions, soit un ratio de sinistralité net de 83,3 %. La réponse à la question posée est pourtant non, et c'est le point à expliquer au comité : avec 19 % de frais, le ratio combiné net ressort à 102,3 %, donc la mutuelle reste déficitaire malgré un recouvrement de près de quinze millions. Le stop loss a fait exactement ce qu'il promet, borner la composante sinistres, et rien de ce qu'on lui prête, garantir un résultat. Il reste à vérifier avant de déclarer que rien dans la dérive ne provient d'un changement de périmètre en cours d'exercice, la plupart des contrats excluant cette part.
- 01Le stop loss découpe un exercice entier et se déclenche sur la charge annuelle de sinistres, exprimée en pourcentage des primes acquises.
- 02Il est le seul traité qui regarde le résultat plutôt que les sinistres, donc le seul qui protège contre une accumulation de fréquence.
- 03En couvrant le résultat, il couvre indistinctement le hasard et la conduite de l'entreprise : l'aléa moral est le sujet central de sa négociation.
- 04Les trois réponses habituelles sont un seuil placé haut, une participation de la cédante au-delà du seuil, et un plafond en points.
- 05Ses exclusions sont le cœur du contrat : périls déjà couverts ailleurs, et dérive imputable à un changement de périmètre.
- 06Il ne garantit aucun ratio combiné : frais généraux, frais d'acquisition et coût des autres traités restent entièrement dehors.