Une cédante achète sa réassurance de deux manières qui n'ont presque rien en commun, et la différence ne tient ni au montant ni à la nature du risque : elle tient au moment où le réassureur s'engage. Dans un traité, il s'engage d'avance, sur un périmètre décrit, pour des affaires qu'il n'a pas vues et qui n'existent parfois pas encore. Dans une cession facultative, il s'engage après, sur un risque nommé, dont il a lu le dossier et qu'il peut refuser. Tout le reste découle de là.
Le traité est un contrat d'abonnement, et son objet n'est pas un risque mais une définition. Il dit quelles branches il prend, quelles zones, quelles tailles, à partir de quelle date d'effet et jusqu'à quelle échéance, et il ajoute une liste d'exclusions qui est souvent la partie la plus disputée du placement. À l'intérieur de cette définition, la cession est automatique dans les deux sens : la cédante doit céder, le réassureur doit accepter. C'est ce double automatisme qui fait la valeur du traité, parce qu'il donne à la cédante une capacité utilisable le jour où elle souscrit, sans consulter personne.
La facultative est l'exact contraire, et son nom le dit : chaque partie reste libre. La cédante offre un risque, le réassureur l'étudie, le tarife et répond. Une cession facultative se négocie comme une affaire directe, avec un dossier, une visite parfois, un prix propre, et une décision qui peut être non. Ce qui coûte ici n'est pas seulement la prime, c'est le temps : un placement facultatif se compte en jours, et la souscription directe qu'il conditionne attend pendant ce temps-là.
On croit souvent que la facultative sert aux petits assureurs qui n'ont pas de traité. C'est l'inverse : elle sert surtout à ceux qui en ont un. Trois situations la rendent nécessaire, et elles reviennent toutes à la même cause, qui est qu'un traité se définit avant de connaître les affaires. Un risque peut dépasser la capacité du traité, et il faut alors placer le surplus. Un risque peut tomber dans une exclusion, et le traité ne le voit pas. Un risque peut enfin être techniquement dans le périmètre mais si atypique que la cédante ne veut pas le faire entrer dans un résultat qu'elle défendra au renouvellement.
Cette troisième raison est la plus intéressante, parce qu'elle n'est pas une question de capacité mais de gestion du compte. Un traité se renouvelle chaque année sur son résultat, et un sinistre exceptionnel logé dedans pèsera sur la commission, sur le taux, parfois sur la disponibilité de la capacité elle-même. Sortir ce risque par une facultative revient à acheter une protection dédiée pour qu'il n'entre pas dans un compte partagé avec le reste du portefeuille. Le calcul n'est pas toujours favorable, et il se fait risque par risque.
Entre les deux existe une forme intermédiaire, la facultative obligatoire, dans laquelle la cédante reste libre d'offrir et le réassureur s'engage à accepter ce qui lui est offert. L'asymétrie saute aux yeux : le réassureur reçoit ce que la cédante choisit de lui donner, donc les risques qu'elle préfère ne pas garder. Un réassureur n'accorde ce type d'accord qu'à une cédante dont il connaît la manière de souscrire, souvent avec un plafond par risque et une définition serrée, et il le retire à la première année où le contenu ressemble à un tri.
L'ordre de travail qui découle de tout cela est simple et il se pose dans cet ordre, à chaque affaire. Le souscripteur direct regarde d'abord si son traité prend l'affaire : si oui, il souscrit et la cession se fait toute seule. Si le traité ne la prend pas, ou pas entièrement, il regarde ce qu'il reste à placer et décide s'il le place en facultative ou s'il réduit la ligne offerte au client. Une cédante qui inverse cet ordre, et qui va chercher un réassureur facultatif avant d'avoir lu son propre traité, paie deux fois pour une capacité qu'elle avait déjà.
Le 12 mars 2026, un assureur spécialisé en dommages aux biens industriels reçoit une demande pour un site de production chimique, valeur assurée 180 millions d'euros, sinistre maximum possible estimé à 95 millions. Son traité en excédent de plein le couvre en dommages industriels jusqu'à 60 millions par risque, avec une exclusion nommée pour les installations classées Seveso seuil haut. Le site est classé Seveso seuil haut. Le courtier attend une réponse sous huit jours et le client est un compte historique. Que peut faire le souscripteur, et dans quel ordre ?
La première chose à faire est de relire l'exclusion plutôt que de chercher un réassureur, parce qu'elle décide de tout le reste. Le site étant classé Seveso seuil haut, le traité ne voit pas ce risque : il n'en prend ni 60 millions ni un euro, et le raisonnement en capacité disponible qu'on serait tenté de faire est sans objet. Le souscripteur n'est donc pas devant un surplus à placer, il est devant un risque entièrement nu, ce qui change la question et le calendrier. La seule voie qui reste est la cession facultative, pour la totalité de ce qu'il voudrait offrir, et elle se négocie risque par risque : dossier technique, rapport de prévention, historique de sinistralité du site, et un prix propre qui n'a rien à voir avec le taux du traité. Trois conséquences pratiques suivent, et les huit jours annoncés en font la difficulté principale. Un placement facultatif de cette taille sur un risque Seveso ne se boucle pas en huit jours, donc le souscripteur doit dire au courtier dès aujourd'hui ce qu'il peut confirmer et ce qui reste conditionnel, plutôt que de laisser croire à une réponse ferme. Il peut ensuite n'offrir que ce qu'il est prêt à garder net en propre si la facultative échoue, ce qui est la seule ligne qu'il maîtrise. Et il doit vérifier que l'exclusion du traité ne se referme pas non plus sur la part qu'il conserverait, car garder 20 millions sur un risque que son traité refuse revient à porter seul une exposition que son plan de réassurance n'a jamais prévue.
- 01La différence entre traité et facultative n'est pas de taille : c'est le moment où le réassureur s'engage, avant de connaître le risque ou après l'avoir lu.
- 02Dans le périmètre d'un traité, la cession est automatique des deux côtés : la cédante doit céder et le réassureur doit accepter.
- 03La facultative sert surtout aux cédantes qui ont un traité : elle couvre ce qui dépasse la capacité, ce qui tombe dans une exclusion, et ce qu'on ne veut pas voir entrer dans un compte partagé.
- 04La facultative obligatoire est asymétrique par construction : le réassureur reçoit ce que la cédante choisit de lui donner.
- 05L'ordre de travail se pose toujours dans le même sens : lire son traité d'abord, placer ensuite ce qu'il laisse.