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Étape 11 / 11

Quand ne pas s'assurer, et ce qu'il faut tenir à la place

10 min de lecture

Une certification entière consacrée à l'assurance d'un risque doit se terminer par la question qu'elle a repoussée jusqu'ici : quand vaut-il mieux ne pas s'assurer ? Elle n'est pas rhétorique. Un groupe présent dans onze pays dont le coût d'une couverture intégrale dépasse la perte maximale plausible sur le pire d'entre eux n'a pas un problème de négociation, il a une réponse devant lui qu'il n'ose pas formuler parce que personne n'est payé pour la donner.

Le calcul qui commande est celui du sinistre maximum plausible, et il faut le distinguer de l'addition des valeurs assurées. Un groupe qui détient onze actifs additionne rarement onze expropriations simultanées, parce qu'elles ne se produisent pas ensemble sauf facteur commun, et l'on a vu que les facteurs communs existent, politiques ou physiques. Le nombre pertinent est la perte la plus lourde qu'un événement unique peut produire, majorée des expositions qui lui sont réellement corrélées. Ce nombre est presque toujours très inférieur à la somme des limites, et c'est lui qu'il faut comparer au coût de la couverture.

Vient alors le second terme de la comparaison, et il est plus large qu'une prime. Le coût d'une couverture intégrale comprend la prime, mais aussi la part conservée sur chaque sinistre, les franchises, l'écart entre les limites et les valeurs réelles, le temps de direction consacré à la souscription de onze programmes, et les honoraires de conseil. Un groupe qui compare une prime à une perte maximale compare deux nombres dont l'un est incomplet, et il conclut souvent à tort qu'il est bien couvert pour pas cher.

Il faut ensuite nommer ce qui remplace la police quand on décide de ne pas la prendre, faute de quoi la décision n'est qu'un renoncement. La rétention organisée est un instrument, pas une absence : une ligne de trésorerie dédiée, une provision, une captive qui lisse dans le temps, ou simplement un plafond d'exposition par pays décidé et tenu. La diversification en est un autre, à condition qu'elle soit réelle, ce qui suppose d'avoir vérifié les facteurs communs plutôt que de compter les drapeaux. Et la structuration en est un troisième, souvent le plus efficace : détenir par une entité couverte par un traité, associer un porteur multilatéral au financement, obtenir des engagements écrits de l'État, sont des protections qui ne se paient pas en prime.

Un critère décide plus que tous les autres et il n'est pas de nature assurantielle : la capacité du groupe à absorber la perte sans que sa propre continuité soit en cause. Un groupe dont le pire sinistre plausible représente trois pour cent des fonds propres n'a pas besoin d'assurance sur ce risque, il a besoin d'une discipline. Un groupe dont le même sinistre représente quarante pour cent doit s'assurer même si le rapport paraît mauvais, parce que ce qu'il achète n'est pas une espérance de gain mais la survie d'une hypothèse de continuité. Entre les deux se trouve la zone où la décision se discute, et c'est la seule où le calcul économique a le dernier mot.

Deux contraintes extérieures viennent limiter cette liberté et il faut les vérifier avant de conclure. Les prêteurs imposent fréquemment une couverture, comme on l'a vu, et l'engagement figure dans le contrat de prêt plutôt que dans la police. Les partenaires locaux, les minoritaires et parfois les autorités du pays d'origine peuvent l'exiger également. Un groupe qui décide de ne pas s'assurer sans avoir relu ses conventions de financement découvre son erreur au premier ratio de covenant, et la découverte coûte plus que la prime qu'il économisait.

Il faut enfin dire ce qu'une décision de non-assurance exige de celui qui la prend, parce qu'elle n'est pas une économie mais un transfert de charge vers l'organisation. Elle suppose de suivre les pays soi-même, avec les quelques indicateurs publics qui se dégradent avant les notes ; de maintenir la documentation qui servirait à un recours si l'on n'a plus d'assureur pour le porter ; et de conserver la structure de détention qui ouvre un traité, puisqu'elle devient la seule protection. Ces trois obligations coûtent du temps, elles ne coûtent pas de prime, et un groupe qui décide de ne pas s'assurer sans les tenir a simplement décidé de ne rien faire.

Ce module se referme sur la phrase que ce métier prononce le moins et qui le rend respectable. Il existe des situations où le meilleur conseil est de ne pas acheter, et savoir les reconnaître est ce qui distingue un conseil d'un vendeur. Cette certification aura échoué si elle a seulement appris à placer des polices ; elle aura réussi si elle a appris à dire, devant un comité qui attendait le contraire, que la meilleure protection sur ce dossier ne s'achète pas.

Le cas travaillé

Un groupe européen de matériaux de construction détient onze filiales industrielles réparties sur onze pays, en Afrique, en Asie du Sud-Est et en Amérique latine, pour une valeur nette comptable cumulée de 840 millions d'euros. Le plus gros actif, une cimenterie, vaut 190 millions ; les dix autres valent entre 40 et 95 millions. Aucun de ces pays n'appartient à une même région ni à un même bloc, et aucun ne partage de route d'exportation, la production étant vendue localement dans chaque cas. Le coût annuel d'un programme de couverture intégrale est chiffré à 14,2 millions d'euros, hors franchises et parts conservées. Les fonds propres consolidés du groupe s'élèvent à 3,1 milliards. Deux des onze filiales sont financées par des prêts de projet. La direction financière demande s'il faut s'assurer.

L'analyse

Le nombre à poser en premier n'est ni 840 millions ni 14,2 : c'est le sinistre maximum plausible, et il vaut ici 190 millions, la cimenterie. Les onze pays ne partagent ni région, ni bloc, ni route d'exportation, et la production est vendue localement, ce qui écarte les deux facteurs communs que cette certification a appris à chercher, le politique et le physique. Il faut le vérifier plutôt que l'admettre, mais si cela tient, les expositions sont réellement indépendantes et il n'y a pas lieu d'en additionner plusieurs. Le second nombre est le rapport de ce sinistre aux fonds propres : 190 sur 3 100, soit six pour cent. Une perte de six pour cent des fonds propres est douloureuse et elle ne met pas en cause la continuité du groupe. C'est le critère qui décide, et il penche nettement vers la non-assurance. Le troisième calcul achève de le montrer. Le programme coûte 14,2 millions par an hors franchises et parts conservées ; en douze ans il aura coûté plus que le pire sinistre qu'il pourrait couvrir, et l'on paie ici pour un risque que le groupe absorbe sans danger. Deux vérifications s'imposent avant de conclure, et la première est bloquante. Deux filiales sont financées par des prêts de projet, dont les contrats imposent presque certainement le maintien d'une couverture de risque politique : ces deux-là ne sont pas libres, et il faut relire les conventions avant toute décision, sous peine de découvrir l'engagement au premier test de covenant. La seconde est celle du partenaire local et des minoritaires, qui peuvent avoir exigé la même chose. La recommandation qui se déduit n'est donc ni de tout assurer ni de tout abandonner, mais de couvrir ce qui est contraint et la cimenterie si le comité veut borner son pire cas, et de retenir le reste en l'organisant. Retenir suppose trois obligations que le groupe devra tenir et qui ne coûtent pas de prime : suivre lui-même les quelques indicateurs publics qui se dégradent avant les notes, maintenir dans chaque pays la documentation qui servirait un recours qu'aucun assureur ne portera à sa place, et conserver les structures de détention qui ouvrent un traité, puisqu'elles deviennent la seule protection. Un groupe qui décide de ne pas s'assurer sans tenir ces trois-là n'a pas pris une décision, il a seulement cessé de payer.

Ce qu'il faut retenir
  • 01Le nombre à comparer n'est pas la somme des valeurs assurées mais le sinistre maximum plausible, majoré des seules expositions réellement corrélées.
  • 02Le coût d'une couverture n'est pas la prime : il comprend les parts conservées, les franchises, l'écart entre limites et valeurs réelles, et le temps de direction.
  • 03Le critère qui décide n'est pas assurantiel : c'est le rapport du pire sinistre plausible aux fonds propres, et ce que la continuité du groupe peut absorber.
  • 04Ne pas s'assurer n'est pas une absence : la rétention organisée, la diversification vérifiée et la structuration par traité sont des instruments qui ne se paient pas en prime.
  • 05Deux contraintes extérieures priment sur le calcul : les engagements des contrats de prêt et les exigences des partenaires, qui figurent ailleurs que dans la police.

Les notions de ce module
Pour finirLe questionnaire du cours RP-6 →

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