Le 22 septembre 2026, Marsh lance Broker WorkBench, une plateforme de placement assistée par IA pour le marché londonien des risques spéciaux, développée par l'équipe UK Specialty de Marsh Risk sous la direction de Dominic Samengo-Turner. Insurance Journal et The Insurer en rendent compte le jour même. La plateforme rapproche une demande de placement d'une capacité, négocie les termes et conclut le contrat, pour trois catégories de marché à la fois : les chefs de file, les suiveurs numériques et la capacité suiveuse pré-arrangée, dite « follow-form ».
Selon Insurance Journal, plus de mille courtiers ont contribué à la conception de l'outil, développé en interne par l'équipe de Dominic Samengo-Turner plutôt qu'acheté à un tiers. La promesse chiffrée est nette : ramener le délai de placement d'un risque spécial, deux à quatre semaines en moyenne sur le marché londonien, à quelques jours voire quelques heures, en automatisant les tâches administratives répétitives d'un dossier de placement plutôt que le jugement de souscription lui-même.
Selon The Insurer, qui publie l'information en exclusivité, toute recommandation de placement produite par Broker WorkBench reste soumise à l'approbation d'un courtier humain de Marsh. Andrew George, président de la division Specialty de Marsh Risk, présente l'outil comme un renforcement de la relation courtier-client plutôt qu'un remplacement. The Insurer précise que Broker WorkBench a vocation à devenir, à terme, le canal unique par lequel Marsh place l'intégralité de son activité de risques spéciaux et de courtage de gros au Royaume-Uni.
Sur un point les deux comptes rendus s'accordent sans se citer : chacun décrit le même triptyque, rapprocher, négocier, conclure, appliqué indistinctement aux chefs de file, aux suiveurs numériques et à la capacité suiveuse pré-arrangée, et chacun reprend le même chiffre de deux à quatre semaines ramenées à des heures, sans le ventiler entre ces trois catégories de marché.
C'est pourtant une différence que le glossaire même du marché rend explicite. Un chef de file négocie directement les termes du contrat avec le courtier et l'assuré, taux, clauses, franchises, exclusions : c'est l'acte de souscription proprement dit. Un suiveur, par construction, ne renégocie individuellement aucune clause, il accepte les conditions déjà fixées par le chef de file pour apporter sa part de capacité ; un syndicat suiveur algorithmique va plus loin encore, il engage sa capacité sans examen individuel dès qu'une règle d'appétit définie à l'avance est satisfaite. La capacité pré-arrangée que cite Marsh a, par définition, déjà consenti à suivre avant même que le dossier n'existe.
Décrire ce même verbe, « négocier », pour ces trois niveaux revient à nommer de façon identique un acte de tarification et une formalité d'exécution. Le chiffre unique de deux à quatre semaines ramenées à des heures mélange nécessairement les deux : la capacité suiveuse et pré-arrangée, la plus rapide à traiter puisqu'elle ne comporte aucun jugement à exercer, tire vers le bas une moyenne qui inclut aussi le chef de file, seul maillon où un souscripteur fixe réellement un prix. Rien dans les deux annonces ne dit quelle part du gain de vitesse revient à chaque catégorie.
Pour un courtier ou une MGA qui évalue un argumentaire technologique comparable, la conséquence est concrète : demander la ventilation du gain entre chef de file et suiveurs avant de retenir le chiffre global, sous peine de comparer une automatisation de formalité à une automatisation de jugement. Pour un souscripteur menant chez un assureur spécialisé sollicité pour s'intégrer à cet outil, ce qu'on lui demande diffère qualitativement de ce qu'on demande à un suiveur, et l'annonce elle-même situe le déploiement complet au conditionnel, « à terme », pas encore accompli.
On ne sait pas quelle part de l'activité actuelle de Marsh en risques spéciaux et courtage de gros passe aujourd'hui par un chef de file plutôt que par du suivi, ce qui dirait combien de placements impliquent réellement une négociation à automatiser. On ne sait pas non plus ce que recouvre le mot « négocier » à l'étage du chef de file sur cette plateforme : une proposition de termes que l'IA formule et qu'un courtier négocie ensuite, ou une recommandation soumise à la même approbation finale que celle des suiveurs. Aucune des deux sources ne distingue le degré d'intervention de l'IA selon la catégorie, seule l'étape d'approbation humaine, commune aux trois, est précisée.