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Étape 1 / 7

La revue diligente et la souscription : l'assureur ne lit pas la cible

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Il faut commencer par un fait que presque aucun acheteur ne se voit expliquer : l'assureur n'examine pas la cible. Il n'y a pas accès, il n'en a ni le temps ni le mandat, et il ne vérifie rien par lui-même. Il lit les rapports de revue diligente de l'acheteur, il tient un ou deux entretiens avec les conseils qui les ont écrits, et il décide. Ce qu'il souscrit n'est donc pas le risque d'une entreprise, c'est la qualité d'un travail professionnel. Cette inversion commande tout le reste, et elle explique des décisions de souscription qui paraissent absurdes tant qu'on croit que l'assureur apprécie la cible.

La première conséquence est juridique et se traite tôt ou pas du tout. Les rapports doivent être opposables à l'assureur, soit qu'ils lui soient adressés, soit qu'une lettre d'opposabilité lui en ouvre le bénéfice. C'est un acte que les conseils facturent, encadrent, et parfois refusent, notamment les cabinets spécialisés qui ne veulent pas étendre leur responsabilité au-delà de leur client. Or l'opposabilité n'est pas une formalité pour l'assureur : elle est ce qui lui donne un recours contre l'auteur du rapport si celui-ci s'est trompé. Un rapport sur lequel il ne peut pas s'appuyer vaut, de son point de vue, un rapport qui n'existe pas, et il traitera le sujet comme non examiné.

La deuxième conséquence porte sur la forme des rapports et elle est contre-intuitive. Ce qui crée de la couverture n'est pas l'absence de problème, c'est la preuve écrite qu'un sujet a été examiné. Un rapport qui écrit avoir revu les quarante-trois contrats significatifs et n'avoir trouvé de clause de changement de contrôle que dans un seul crée de la couverture sur le changement de contrôle : le périmètre est énoncé, le résultat est propre, l'assureur sait ce qu'il assure. Un rapport qui conclut qu'aucun point significatif n'a été relevé n'en crée presque aucune, parce que rien n'y dit si le sujet a été regardé. Les rapports par exception, très répandus parce qu'ils sont brefs et moins chers, sont pour cette raison les moins utiles à la souscription, et personne ne prévient l'acheteur au moment où il les commande.

L'entretien de souscription mérite d'être compris pour ce qu'il est, car les conseils s'y présentent souvent comme à une réunion d'information. L'assureur y pose des questions ouvertes sur le périmètre et sur tout ce qui lui a paru irrégulier. Il y cherche deux choses. D'abord ce que les équipes savent, et l'on verra ailleurs ce que la connaissance d'un fait emporte. Ensuite, et c'est ce qui se joue vraiment, les phrases dont il aura besoin pour rédiger ses exclusions. Un conseil qui répond qu'il n'est pas entré dans un sujet vient, à cet instant précis, d'écrire une exclusion. L'entretien fait l'objet d'un compte rendu, ce compte rendu est de l'information de souscription, et il sera relu au moment du sinistre.

Une interaction mérite d'être connue parce qu'elle décide de la valeur réelle du produit. Les contrats de cession qualifient fréquemment les déclarations par un critère de matérialité, et la police peut neutraliser ces qualificatifs, de sorte que la garantie joue comme si la déclaration n'était pas qualifiée. C'est une amélioration considérable, et elle est réelle. Mais elle ne produit son effet que sur les déclarations que la revue soutient : neutraliser la matérialité élargit ce qu'est un manquement, tandis que les exclusions tirées de la revue restreignent les endroits où il peut se produire. Les deux mécanismes tirent en sens contraire, et leur produit se calcule sujet par sujet, jamais globalement.

Vient enfin une contrainte de calendrier qui n'est pas un accident mais la structure même de ces opérations. La souscription se déroule dans les dix derniers jours, en parallèle de la négociation finale, et l'assureur lit des projets de rapports qui ne sont pas définitifs. Si la version finale ajoute un point qu'il n'avait pas vu, sa position change ou une exclusion spécifique apparaît quarante-huit heures avant la signature, au moment où plus personne n'a de marge de manoeuvre. L'ordre dans lequel les rapports sont livrés par rapport à la clôture de la souscription a donc une valeur en argent, et cet ordre est arrêté par un directeur de projet qui gère un calendrier, non par une décision de risque.

Ce qu'un acheteur doit piloter n'est donc pas la demande d'une couverture plus large, qui ne s'obtient pas, mais quatre gestes qui se posent tôt. Arrêter le périmètre de revue en regard de la carte des exclusions plutôt que du seul budget. Demander aux conseils des énoncés positifs de périmètre, ce qui coûte quelques pages et non des honoraires. Obtenir l'opposabilité dès la lettre de mission, quand elle se négocie encore, et non neuf jours avant la signature. Et sur les sujets où l'opposabilité est refusée, tenir l'exclusion pour acquise et la traiter dans le prix de l'opération, plutôt que de la découvrir au moment de signer et de n'avoir plus que le choix de signer quand même.

Le cas travaillé

Un acquéreur reprend un éditeur de logiciels pour une valeur d'entreprise de 180 millions d'euros. La police porte une limite de 18 millions et une rétention de 900 000 euros. Les revues juridique, financière et fiscale sont conduites par des cabinets qui accordent l'opposabilité à l'assureur. La revue technique, qui porte notamment sur la conformité des composants libres intégrés au produit, est confiée à un cabinet spécialisé dont la lettre de mission exclut toute opposabilité aux tiers ; ce cabinet propose une lettre d'opposabilité pour 40 000 euros. Neuf jours avant la signature, l'équipe de transaction refuse cette dépense, non budgétée. Lors de l'entretien de souscription, l'assureur interroge sur les composants libres ; on lui répond qu'un rapport existe mais qu'il ne lui est pas opposable. La police finale exclut la conformité aux licences de composants libres et de code tiers. Onze mois après la cession, une obligation de réciprocité est constatée sur un composant du coeur du produit : la réécriture et les frais juridiques coûtent 6,2 millions. Où cette perte s'est-elle décidée ?

L'analyse

Elle s'est décidée neuf jours avant la signature, sur une ligne de dépense de 40 000 euros, et le mécanisme est celui que personne n'explique aux acheteurs. L'exclusion ne vient pas d'une lacune du travail : le sujet avait bien été examiné. Elle vient de ce que le travail n'était pas opposable à l'assureur, et un assureur ne peut pas souscrire un rapport dont il ne pourrait pas se retourner contre l'auteur, parce que l'opposabilité est précisément ce qui lui donne ce recours. Refuser les 40 000 euros n'a donc pas économisé 40 000 euros : cela a transformé une police de 18 millions en une police de 18 millions percée d'un trou situé exactement là où se trouvait l'actif principal de la cible. La lecture tentante consiste à se retourner contre le cabinet spécialisé, dont le rapport avait classé le composant en risque faible en recommandant une vérification complémentaire jamais faite. C'est une fausse piste, et il faut la fermer tôt : le recours contre un conseil est borné par le plafond de responsabilité de sa lettre de mission, ordinairement un multiple des honoraires, soit quelques centaines de milliers d'euros au mieux contre 6,2 millions. Le recours ne remplace pas la garantie, il l'atténue à la marge. Ce qu'il fallait faire ne demandait aucune finesse juridique : sur le sujet qui porte la valeur de la cible, l'opposabilité n'est pas une dépense, c'est la condition d'existence de la couverture, et elle se négocie dans la lettre de mission plusieurs semaines plus tôt, quand elle ne coûte presque rien.

Ce qu'il faut retenir
  • 01L'assureur n'examine pas la cible, il lit les rapports de l'acheteur : ce qu'il souscrit est la qualité d'un travail professionnel, pas le risque d'une entreprise.
  • 02Ce qui crée de la couverture est la preuve écrite qu'un sujet a été examiné : « aucun point significatif relevé » n'en crée presque aucune.
  • 03Un rapport non opposable à l'assureur vaut pour lui un rapport inexistant, et le refus d'une lettre d'opposabilité fabrique une exclusion.
  • 04Pendant l'entretien de souscription, le conseil qui répond qu'il n'est pas entré dans un sujet vient d'écrire une exclusion, et l'entretien est consigné.
  • 05Le recours contre le conseil ne remplace pas la garantie : il est borné par le plafond de responsabilité de sa lettre de mission.

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