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L'entreprise n'a plus rien, la maison du dirigeant est en jeu

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La leçon précédente a montré que la partie qui protège un patrimoine personnel n'est utile que lorsque la société ne prend pas en charge. Il reste à dire quand cela arrive, et la réponse est presque toujours la même : quand l'entreprise est en difficulté. C'est le moment où cette assurance cesse d'être un confort et devient la seule chose qui sépare un ancien dirigeant de la perte de ses biens, et c'est aussi le moment où elle est la plus fragile.

Le mécanisme est simple à décrire et il se déroule à peu près toujours dans le même ordre. La société est placée en procédure collective. Un organe est désigné pour représenter les créanciers, et son travail consiste notamment à reconstituer l'actif. Il regarde alors la gestion des dernières années et cherche si des fautes ont contribué à l'insuffisance d'actif. Les dirigeants, anciens comme actuels, se trouvent mis en cause à un moment où la société qui aurait dû les garantir n'a plus rien, où sa trésorerie est sous contrôle judiciaire, et où plus personne n'a intérêt à défendre son passé.

Trois conséquences en découlent et il faut les tenir ensemble. La première est que la partie B devient inopérante : la société ne peut plus avancer, donc il n'y a plus rien à rembourser, et tout bascule sur la partie A. La deuxième est que le demandeur agit dans l'intérêt des créanciers, ce qui rend la transaction plus difficile qu'entre deux entreprises. La troisième est que les dirigeants visés sont souvent partis depuis longtemps, parfois plusieurs années, et découvrent le dossier par une assignation.

Il faut ensuite savoir ce qui menace la police elle-même dans cette période, car c'est le point que les manuels oublient. Une police est un contrat, et un contrat se résilie quand personne ne paie la prime. Une société en difficulté cesse souvent de payer, ou son mandataire décide de ne pas continuer un contrat qui ne profite pas aux créanciers. En base réclamation, la résiliation ferme la garantie pour toute réclamation reçue ensuite, et les mises en cause de dirigeants arrivent précisément après. Un dirigeant peut donc se retrouver sans couverture non pas parce qu'il a mal agi, mais parce que plus personne n'avait de raison de payer sa prime.

C'est ce qui explique l'importance particulière, dans cette branche, de la garantie subséquente et de la couverture dite de liquidation. La première prolonge la réception des réclamations après la fin du contrat, comme dans toute police en base réclamation. La seconde, qu'on rencontre sous le nom de couverture de fin de vie du contrat, prévoit une période longue déclenchée précisément par la procédure collective ou par le non-renouvellement, et elle existe parce que c'est le cas où la garantie subséquente ordinaire est la plus courte au moment où l'on en a le plus besoin.

Il faut ajouter une question qui se pose avec force dans ce contexte : à qui appartient l'indemnité. Quand la société est assurée et défaillante, ses créanciers peuvent soutenir que le bénéfice de la police fait partie de l'actif à répartir. Quand ce sont les dirigeants qui sont assurés en partie A, l'indemnité leur est due personnellement et échappe à cette discussion. La distinction paraît théorique et elle décide de qui touche l'argent, ce qui est la seule chose que les parties regardent une fois la responsabilité établie.

Le geste utile appartient au dirigeant et il se fait avant la difficulté, pas pendant. Vérifier que la police prévoit une couverture déclenchée par la procédure collective et pas seulement une garantie subséquente ordinaire. Vérifier que la partie A n'est pas entièrement dépendante des décisions de la société, notamment pour le paiement de la prime et pour la déclaration des circonstances. Et savoir, en partant d'un mandat, que l'exposition ne s'arrête pas au départ : elle dure aussi longtemps que les faits de gestion peuvent être reprochés, et c'est plus long que la mémoire de la plupart des dirigeants.

Le cas travaillé

Une société de distribution est placée en liquidation judiciaire le 12 mars 2026. Sa police de responsabilité des dirigeants, en base réclamation, venait à échéance le 31 décembre 2025 et n'a pas été renouvelée : le directeur financier, parti en octobre 2025, n'avait pas été remplacé et personne n'a traité le renouvellement. Le contrat prévoyait une garantie subséquente de cinq ans en cas de non-renouvellement. En janvier 2028, le liquidateur assigne l'ancien président et l'ancien directeur général en comblement de l'insuffisance d'actif, pour des décisions d'approvisionnement prises entre 2022 et 2024, et réclame 3,1 millions d'euros. L'ancien président, retraité, demande si sa maison est en jeu. Que faut-il lui répondre ?

L'analyse

La réponse tient à trois vérifications successives, et la première est celle qui décide de tout le reste. La garantie subséquente de cinq ans court depuis le non-renouvellement du 31 décembre 2025, donc jusqu'à fin 2030 : l'assignation de janvier 2028 arrive pendant cette période, et c'est la bonne nouvelle du dossier, sans laquelle il n'y aurait rien à dire. Encore faut-il vérifier le déclencheur écrit au contrat, car une garantie subséquente prévue « en cas de non-renouvellement » ne s'ouvre pas toujours quand le contrat s'éteint faute d'avoir été traité, et la distinction entre un non-renouvellement décidé et un contrat oublié se plaide. La deuxième vérification porte sur la reprise du passé : les décisions reprochées datent de 2022 à 2024, et si la reprise du contrat était antérieure, elles entrent ; si elle avait été fixée plus tard, elles seraient dehors et la garantie subséquente ne servirait à rien, puisqu'elle prolonge la réception des réclamations sans élargir les fautes couvertes. La troisième porte sur la partie du contrat qui répondra, et c'est ici que la leçon s'applique : la société est en liquidation, elle ne peut rien avancer, la partie B est morte, et tout repose sur la partie A, celle qui paie directement entre les mains du dirigeant. Le patrimoine du président est donc protégé à hauteur de ce que la limite laisse, et il faut vérifier ce qu'elle laisse, car l'ancien directeur général puise à la même source. Deux points à dire au client, et le second est plus important que le premier. Le dossier ne se joue pas sur la faute mais sur trois dates, le déclencheur de la subséquente, la reprise du passé et l'arrivée de la réclamation. Et le vrai défaut de cette histoire est un renouvellement que personne n'a traité parce qu'un directeur financier était parti : la couverture des dirigeants a tenu à un poste vacant, et c'est le genre de dépendance qu'un dirigeant sortant doit vérifier lui-même, puisque personne dans une société en difficulté n'a de raison de le faire à sa place.

Ce qu'il faut retenir
  • 01La partie qui protège un patrimoine personnel ne sert vraiment que lorsque l'entreprise ne peut plus prendre en charge, c'est-à-dire quand elle est en difficulté.
  • 02En procédure collective la partie B meurt, tout bascule sur la partie A, et le demandeur agit pour les créanciers, ce qui rend la transaction plus dure.
  • 03Une police se résilie quand plus personne ne paie la prime, et les mises en cause de dirigeants arrivent précisément après.
  • 04La couverture déclenchée par la procédure collective existe parce que la garantie subséquente ordinaire est la plus courte au moment où l'on en a le plus besoin.
  • 05Assuré en partie A, le dirigeant reçoit l'indemnité personnellement, et elle échappe à la discussion sur l'actif à répartir entre créanciers.
Les notions de ce module