Explosion de l'usine AZF (Toulouse, 2001)
Le 21 septembre 2001, du nitrate d'ammonium déclassé explose à l'usine AZF de Toulouse. 31 morts, des milliers de blessés, environ 2 milliards d'euros de dommages, des dizaines de milliers de dossiers et dix-huit ans de procès.
Toulouse, 21 septembre 2001, 10 h 17 : le hangar 221 de l'usine AZF de Grande Paroisse, filiale de TotalFinaElf, explose. Il abritait plusieurs centaines de tonnes de nitrate d'ammonium déclassé, du rebut de fabrication en attente de recyclage. Le cratère mesure plusieurs dizaines de mètres. 31 morts, plusieurs milliers de blessés, et des dégâts sur une grande partie de la ville : logements, écoles, le lycée Gallieni, l'hôpital psychiatrique Marchant. La facture approche 2 milliards d'euros. Pour les assureurs, AZF est d'abord une affaire de volume. Des dizaines de milliers de déclarations arrivent en quelques semaines, pour des vitres, des huisseries, des toitures, souvent sur des contrats d'habitation modestes, parfois sans contrat du tout. La place s'organise pour aller vite : procédures simplifiées pour les petits dossiers, indemnisation par l'assureur de la victime sans attendre la recherche des responsabilités, puis recours contre Grande Paroisse. Le groupe a choisi de ne pas discuter l'indemnisation civile et a payé, sans attendre le pénal. Les victimes sans assurance, ou au-delà de leur contrat, se sont tournées directement vers lui. Le pénal, lui, a duré dix-huit ans : relaxe en 2009 faute de preuve certaine de la cause, condamnation en appel en 2012, cassation en 2015. La cour d'appel de Paris a condamné de nouveau en 2017, décision confirmée par la Cour de cassation en décembre 2019. Le législateur a tiré la leçon par la loi du 30 juillet 2003, qui a créé l'état de catastrophe technologique et les plans de prévention des risques technologiques. Pour un gestionnaire de sinistres, le dossier reste la référence du sinistre de masse urbain d'origine industrielle. À ne pas confondre avec l'explosion du port de Beyrouth en 2020, autre nitrate d'ammonium, stocké là hors de tout cadre industriel, dans un pays où l'assurance des habitations restait rare.
Cas d'école chiffré. Un assureur habitation reçoit 4 000 dossiers de vitres et d'huisseries à 2 500 euros en moyenne, soit 10 M€, et 300 dossiers lourds à 40 000 euros, soit 12 M€. Il règle 22 M€, avec des frais de gestion de 8 %, soit 1,76 M€. Il exerce ensuite son recours contre l'exploitant pour les 22 M€ d'indemnités. Ses assurés réclament eux-mêmes leur franchise de 150 euros : 4 300 × 150 = 645 000 euros. Les frais de gestion, eux, restent à l'assureur.
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