Prêt à la grosse aventure
Prêt consenti à un armateur ou à un marchand, remboursable avec un intérêt élevé seulement si le navire ou la cargaison arrivait à bon port, ancêtre direct de l'assurance maritime.
Dans l'Antiquité et au Moyen Âge, un marchand qui voulait financer une expédition maritime pouvait emprunter une somme garantie par le navire ou la marchandise. Si le voyage réussissait, il remboursait le capital et un intérêt très élevé ; si le navire périssait, la dette était éteinte, et le prêteur perdait tout. Le contrat combinait donc un financement et un transfert du risque de mer au prêteur, l'intérêt élevé rémunérant à la fois le temps et le risque. L'Église a condamné la pratique comme usuraire au XIIIe siècle, ce qui a poussé les marchands italiens à séparer les deux fonctions : le financement d'un côté, et de l'autre une promesse de payer en cas de perte contre une prime versée d'avance, forme dans laquelle on reconnaît le contrat d'assurance maritime apparu à Gênes et à Florence au XIVe siècle. Le prêt à la grosse a survécu comme instrument de dernier recours du capitaine pour financer des réparations en route, avant de disparaître avec le télégraphe.
Dans l'Athènes classique, les plaidoyers attribués à Démosthène décrivent des prêts maritimes à des taux souvent cités entre 20 et 30 % pour un seul voyage ; la décrétale Naviganti, recueillie en 1234 dans les Décrétales du pape Grégoire IX, a condamné ces prêts comme usuraires.
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