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Un taux que personne ne peut ajuster

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Dans toutes les branches, un assureur qui juge un risque mauvais dispose d'un instrument avant le refus : le prix. Il augmente, l'assuré arbitre, et le marché fait son travail. Sur la garantie de catastrophe naturelle, cet instrument n'existe pas. La garantie est obligatoire dans toute police de dommages aux biens, et elle est financée par une surprime dont le taux est fixé par voie réglementaire, uniforme sur tout le territoire, identique pour un pavillon de plateau et pour une usine en fond de vallée. Un souscripteur ne tarife donc pas ce risque : il l'accepte ou il refuse la police entière.

Ce choix est délibéré et il faut le comprendre pour bien travailler dedans. Une tarification au risque, sur ces périls, rendrait la couverture inabordable exactement là où elle est nécessaire, et laisserait sans assurance les zones les plus exposées, c'est-à-dire celles qui produisent les sinistres. L'uniformité du taux est le mécanisme même de la solidarité recherchée : les moins exposés paient pour les plus exposés, en échange de quoi tout le monde est couvert. Ce n'est pas un défaut de conception du régime, c'est sa raison d'être.

Il en découle une première conséquence pour un assureur, et elle est structurelle plutôt que morale. Sa recette au titre de cette garantie est proportionnelle à la prime dommages sous-jacente, donc au niveau de prix de son marché, et non à l'exposition qu'il porte. Un portefeuille écrit à bas tarif dans une région très exposée encaisse peu et porte beaucoup ; un portefeuille cher dans une région abritée encaisse davantage pour moins d'exposition. L'équilibre du régime tient à l'échelle nationale et ne tient pas nécessairement à l'échelle d'une maison.

La deuxième conséquence est que la sélection, puisqu'elle ne peut pas passer par le prix de la garantie, passe par ailleurs, et il faut savoir par où. Elle passe par l'acceptation de la police entière, décision brutale et visible. Elle passe par le tarif des garanties qui, elles, se négocient, incendie, dégâts des eaux, bris de machine, perte d'exploitation. Elle passe par les conditions non tarifaires, exigences de prévention, protections demandées, périmètre des extensions. Un souscripteur qui l'ignore croit ne rien pouvoir faire ; un souscripteur qui le sait travaille sur les seuls leviers qui restent.

La troisième conséquence porte sur la répartition du portefeuille, qui devient le principal instrument de gestion. Puisque le taux ne varie pas, ce qui varie est le nombre et la valeur des risques exposés que l'on choisit d'écrire, et leur répartition entre zones de péril. Cela fait de la politique de croissance une décision technique et non commerciale : croître vite dans une région, sur un péril non tarifable, revient à augmenter une exposition dont la contrepartie de recette est fixée ailleurs et par quelqu'un d'autre.

Il faut nommer le piège qui en résulte, parce qu'il est silencieux et qu'il se présente comme une réussite. Une maison qui gagne des parts de marché dans une région où les tarifs dommages sont bas, en zone exposée, voit sa croissance, sa prime encaissée et son ratio de frais s'améliorer ensemble. Rien dans ces indicateurs ne montre que sa recette de garantie de catastrophe naturelle augmente moins vite que son exposition, parce que la première suit un tarif de marché et la seconde une géographie. Le décalage ne se voit que si quelqu'un le mesure, et il ne se voit jamais dans un compte de résultat avant l'évènement.

La conduite à tenir est donc de mesurer ce que le prix ne dit pas. Rapporter la surprime encaissée par zone de péril à l'exposition portée dans cette zone donne une grandeur simple, sans équivalent dans les tableaux de bord habituels, et qui répond à la seule question utile : est-ce que notre présence dans cette zone est financée dans les mêmes proportions que partout ailleurs. Une réponse négative n'interdit rien, elle informe : elle dit que la croissance envisagée à cet endroit se paie sur les autres garanties ou ne se paie pas.

Le cas travaillé

Un assureur dommages a doublé en quatre ans son portefeuille entreprises sur une région littorale et fluviale où les tarifs incendie sont, de notoriété de marché, inférieurs d'environ 20 % à la moyenne nationale. Les indicateurs suivis en comité sont bons : croissance de 96 %, ratio de frais en baisse de 3 points, ratio de sinistres à primes sur trois ans conforme à l'objectif, aucun évènement climatique majeur sur la période. La direction générale propose d'accélérer sur cette région, en s'appuyant sur ces résultats. Le responsable de la réassurance demande une mesure qui ne figure dans aucun tableau : le rapport entre la surprime de catastrophe naturelle encaissée dans la région et l'exposition portée dans les mêmes zones de péril, comparé au même rapport sur le reste du portefeuille. Pourquoi cette mesure, et que peut-elle changer ?

L'analyse

Aucun des indicateurs présentés ne peut voir le problème, et ce n'est pas un défaut de leur construction : ils mesurent tous une recette et une charge constatées, alors que la question porte sur un financement structurel qu'aucun sinistre n'est encore venu éprouver. La surprime de catastrophe naturelle est un pourcentage de la prime dommages : dans une région où les tarifs incendie sont inférieurs de 20 % à la moyenne, l'assureur encaisse mécaniquement 20 % de moins de surprime pour une exposition qui, elle, ne dépend pas du niveau de prix local mais de la géographie, du bâti et des valeurs assurées. Doubler le portefeuille dans cette région revient donc à doubler une exposition en encaissant une contrepartie sous-proportionnelle, et le régime ne permet pas de corriger l'écart par le taux, qui est uniforme et fixé ailleurs. L'absence d'évènement majeur sur les quatre années ne dit rien de plus qu'une chose déjà connue : sur ces périls, l'essentiel de la charge vient d'années rares, et quatre exercices calmes sont exactement ce que la distribution prédit le plus souvent. Ce que la mesure demandée apporte est la seule information qui manque : si le rapport est nettement inférieur à celui du reste du portefeuille, la croissance de cette région est financée par les autres régions, et la direction doit le décider en connaissance plutôt que le subir. Cela n'interdit pas d'accélérer. Cela change les leviers sur lesquels l'accélération se conduit, puisque le seul prix qui reste négociable est celui des garanties de droit commun, et cela change ce qu'il faut regarder ensuite : la répartition de l'exposition entre zones de péril, seule variable que l'assureur contrôle encore.

Ce qu'il faut retenir
  • 01La garantie de catastrophe naturelle ne se tarifie pas : le taux est uniforme et fixé par voie réglementaire, un souscripteur accepte ou refuse la police entière.
  • 02L'uniformité n'est pas un défaut du régime, elle est sa raison d'être : les moins exposés paient pour les plus exposés, et tout le monde reste couvert.
  • 03La recette suit la prime dommages sous-jacente, donc le niveau de prix du marché, tandis que l'exposition suit une géographie.
  • 04La sélection passe alors par l'acceptation de la police, par le tarif des garanties négociables et par les conditions non tarifaires.
  • 05Croître en zone exposée sur un marché à bas tarif améliore tous les indicateurs habituels sans qu'aucun montre le décalage entre recette et exposition.
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