Les réponses et les explications de chaque question s’affichent ici une fois le parcours terminé. Elles renvoient alors vers la fiche du glossaire correspondante, où la notion est traitée en entier avec son exemple chiffré.
1. Une couche est notée « 10 XS 5 M EUR ». Un sinistre coûte 12 millions. Comment se répartit-il ?
5 millions à la cédante, 7 millions à la couche
La notation dit une limite au-dessus d'un point d'attachement : 10 millions de portée au-dessus de 5 millions de rétention. Le réassureur couvre donc la tranche comprise entre 5 et 15 millions. En deçà de 5, la cédante conserve tout ; au-delà de 15, la perte dépasse la couche et retombe soit sur une tranche supérieure, soit sur la cédante. Un sinistre de 12 millions laisse ainsi 5 millions à la rétention et porte 7 millions dans la couche. La dernière réponse reproduit l'erreur la plus courante, qui consiste à traiter la portée comme si elle s'épuisait en même temps que la rétention. C'est cet empilement de tranches qui permet à plusieurs réassureurs de couvrir des parts différentes d'un même risque et qui donne au programme son coût.
Fiche du glossaire · couche-de-reassurance2. Pourquoi une tranche haute de catastrophe ne se tarife-t-elle pas au burning cost, comme la tranche basse située juste au-dessus de la rétention ?
Parce que l'historique est trop pauvre à ces niveaux, ce qui impose la modélisation et l'analyse de scénarios
La tranche de travail est régulièrement touchée par la sinistralité de fréquence : les données y sont abondantes, le burning cost fonctionne, et le rate on line est élevé parce que le réassureur y intervient souvent. La tranche catastrophe est rarement atteinte et destinée aux évènements de grande sévérité : l'historique n'y suffit pas, la tarification passe par la modélisation catastrophe et les scénarios, et le rate on line est faible. Son rôle n'est pas économique mais prudentiel, c'est elle qui protège la solvabilité de la cédante contre un choc majeur. Savoir où se situe une tranche décide donc de la méthode, de la volatilité et de la fonction. En cyber, la frontière se brouille : l'accumulation peut transformer une sinistralité de fréquence en évènement de pointe, ce qu'aucune des deux méthodes ne prévoit seule.
Fiche du glossaire · working-layer-cat-layer3. Une clause horaire regroupe en une seule occurrence les dommages survenus dans une fenêtre de 72 heures pour un ouragan, 168 pour d'autres périls. Que produit-elle appliquée à une compromission logicielle introduite un jour, dormante plusieurs mois, puis activée par vagues ?
Elle applique une notion d'occurrence à un péril qui n'en a pas de naturelle, et le découpage devient arbitraire
La clause horaire fonctionne parce qu'un ouragan a un début, une fin et un nom : regrouper les dommages dans une fenêtre traduit alors quelque chose de réel. Une compromission logicielle n'a rien de tout cela. Introduite à une date, dormante des mois, activée par vagues, elle ne permet pas de dire quel jour l'évènement a eu lieu, si bien que la fenêtre retenue décide du nombre d'occurrences, donc du nombre de rétentions et du nombre de portées consommées. Ce choix n'est pas technique, il est économique, et il se fait avant le sinistre. Les obligations catastrophe cyber sont pourtant émises en base par évènement, ce qui importe la même difficulté dans les marchés de capitaux.
Fiche du glossaire · clause-horaire4. Une cédante règle de bonne foi un sinistre complexe après analyse. Sur quel fondement le réassureur peut-il refuser d'en supporter sa part ?
En démontrant que le règlement échappait manifestement à la couverture du traité, ou qu'il y a eu faute manifeste ou collusion
La clause de suivi oblige le réassureur à partager le sort de la cédante et à accepter les décisions et règlements accomplis de bonne foi et de manière raisonnable, sans rouvrir chaque dossier. C'est la contrepartie logique d'une relation où il n'a pas la maîtrise de la gestion des sinistres, laissée à la cédante qui est au contact de l'assuré. Sans elle, chaque sinistre deviendrait une négociation et la réassurance perdrait sa fluidité. Mais elle n'est pas absolue : le réassureur ne suit que les règlements relevant effectivement de la couverture du traité et accomplis sans faute manifeste ni collusion. La frontière exacte, entre un règlement raisonnable et une libéralité que le réassureur n'a pas à financer, nourrit une jurisprudence abondante et reste un terrain classique de contentieux.
Fiche du glossaire · clause-de-suivi5. Sous une clause de traité cyber LMA 5630, le réassureur peut suivre l'exclusion guerre et opération cyber de la police directe si celle-ci est conforme au Type 3. La cédante migre vers une variante non conforme, avec un rachat de garantie élargi. Que se passe-t-il ?
La provision de Difference in Conditions cesse de jouer, et le réassureur s'appuie sur sa propre exclusion, autonome
La provision de Difference in Conditions n'est pas une clause de suivi. La clause de suivi aligne automatiquement le réassureur sur le règlement direct ; la Difference in Conditions ne l'aligne que si la clause directe répond à un standard de conformité défini d'avance, ici le Type 3 de la classification Lloyd's Y5381. Pour le réassureur, c'est une double sécurité : son exclusion propre s'applique par défaut, et la conformité du sous-jacent ouvre seulement la possibilité d'un alignement plus étroit. Pour la cédante, c'est une discipline de souscription : toute dérive de sa clause directe hors du standard fait tomber le bénéfice de l'alignement, et un écart s'ouvre alors entre ce que la police directe couvre et ce que le traité suit. Cet écart reste à la charge de la cédante, et il apparaît sans qu'aucune renégociation ait eu lieu.
Fiche du glossaire · difference-in-conditions6. Un même risque est rétrocédé plusieurs fois à l'intérieur d'un petit cercle de réassureurs. Pourquoi cette opération ne devrait-elle pas alléger les exigences de capital comme le ferait une cession à un tiers extérieur ?
Parce qu'un risque qui tourne en cercle fermé n'est pas transféré mais recyclé, et qu'il s'accumule aux noeuds du cercle
Chaque participant croit avoir transféré une part de son exposition alors qu'il l'a conservée par un chemin détourné, si bien qu'un même risque peut revenir frapper son porteur initial à plusieurs reprises. Le marché de Londres en a fait l'expérience au tournant des années quatre-vingt-dix. Et la conséquence la plus grave est informationnelle : une fois les rétrocessions dénouées, personne ne dispose d'une vue consolidée de qui porte réellement quoi, ce qui rend l'exposition non mesurable, y compris après coup. Une cession qui sort du cercle disperse ; une cession qui y reste concentre tout en ayant l'apparence de la dispersion, et c'est cette apparence qui trompe le calcul de capital.
Fiche du glossaire · spirale-retrocession7. Un assureur local émet une police puis rétrocède la totalité du risque à la captive d'un groupe, contre une commission. Le réassureur vient à défaillir. Que doit l'assureur de façade ?
L'intégralité du sinistre, restant juridiquement responsable envers l'assuré
Le fronting est une interface réglementaire : un assureur agréé localement émet la police et en assume formellement la responsabilité vis-à-vis de l'assuré, tout en rétrocédant l'essentiel ou la totalité du risque à un réassureur ou à une captive qui n'a pas l'agrément requis. Il prête sa licence et sa signature contre une commission de fronting. Le montage répond à un besoin réel, loger les risques d'un groupe dans sa propre captive tout en respectant les obligations locales d'assurance. Mais le risque de crédit en est le coeur : le fronteur reste tenu envers l'assuré et doit régler le sinistre même si le réassureur défaille. C'est pourquoi la solvabilité du réassureur et la qualité des garanties prises par le fronteur font toute la sécurité de l'opération, et pourquoi les régulateurs y sont attentifs.
Fiche du glossaire · fronting8. Dans un transfert de portefeuille de sinistres, la cédante transfère des sinistres déjà survenus avec les provisions qui leur sont associées. Qu'est-ce que le réassureur achète exactement ?
Le risque de développement, c'est-à-dire la possibilité que ces sinistres coûtent finalement plus cher que provisionné
À la différence de la réassurance classique, qui couvre des sinistres futurs et incertains, le transfert de portefeuille porte sur des engagements passés dont l'incertitude résiduelle tient à leur développement. En cédant ce risque, la cédante stabilise son résultat, libère le capital immobilisé pour porter ces provisions, et clôt une exposition héritée. C'est l'outil central de la gestion des portefeuilles anciens et des situations de run-off. Une variante proche, la couverture de développement défavorable, ne transfère pas le portefeuille mais protège la cédante contre le seul dépassement des provisions au-delà d'un seuil. Sur les branches à déroulement long, et à terme sur le cyber, ces opérations sont l'un des rares moyens de borner l'incertitude sur la charge ultime de sinistres anciens.
Fiche du glossaire · transfert-portefeuille-sinistres9. Un assureur cesse de souscrire une branche déficitaire et négocie le transfert du passif. Un spécialiste du legacy rachète les provisions pour 85 millions d'euros, contre une estimation interne de 80 millions. Pourquoi la cédante accepte-t-elle de payer plus que sa propre estimation ?
Parce qu'elle achète la fin de l'incertitude et la libération du capital immobilisé, et que cela a un prix
Un portefeuille en run-off continue de régler des sinistres pendant des années, parfois des décennies sur les branches à déroulement long, et son risque central est le provisionnement : une sous-estimation des sinistres à venir transforme une opération apparemment rentable en perte, particulièrement sur les sinistres tardifs et les branches à forte dérive. La cédante porte cette incertitude, et le capital qui va avec. Les cinq millions d'écart ne sont donc pas une erreur de prix, ils sont le prix de la certitude : un coût fixé aujourd'hui contre un coût ouvert demain. Le spécialiste prend le pari inverse, celui que sa maîtrise du run-off lui permettra de liquider en dessous des provisions reçues. Les deux peuvent avoir raison, et c'est exactement pour cela que ce marché existe.
Fiche du glossaire · run-off