Le risque d'une collection n'est pas la somme des risques de ses objets, pour une raison bête et décisive : ils sont dans la même pièce. Le tableau des valeurs assurées énumère des objets, alors que l'exposition, elle, se compte par lieu. Ce décalage est tout le sujet du module, et il est plus facile à voir ici que partout ailleurs, parce que l'accumulation d'une collection n'a rien d'abstrait. Elle a une adresse, une porte, un niveau de sous-sol et une installation de protection dont on connaît la marque.
La première conséquence est arithmétique et se lit rarement. Les sommes assurées sont fixées objet par objet et s'additionnent en un total que personne ne regarde, tandis que la limite de la police est souvent posée par évènement. Un tableau des valeurs qui totalise très au-delà de cette limite décrit donc une collection intégralement assurée objet par objet et sensiblement sous-assurée dans le seul scénario qui vide la pièce. Rien dans le contrat ne signale la contradiction, puisque les deux chiffres vivent dans deux sections différentes et qu'aucune ligne ne les met en regard.
Vient ensuite la perte maximale probable, et il faut la prendre pour ce que le vocabulaire du métier dit qu'elle est : une grandeur conventionnelle plus qu'une mesure objective. Elle suppose que les protections fonctionnent normalement, donc elle repose sur des hypothèses de barrière, et dans une réserve ces hypothèses sont exactement les questions ouvertes. Le compartimentage tient-il, l'extinction se déclenche-t-elle, le sous-sol prend-il trente centimètres ou cent vingt. Le nombre suit l'hypothèse, et l'hypothèse est presque toujours absente à côté du nombre. On retrouve ici, sur un autre objet, la leçon du premier module : une convention n'est pas un constat, et elle ne devient dangereuse que lorsqu'on l'oublie.
La quatrième idée est la plus spécifique à la branche et elle inverse un raisonnement de bon sens. Une installation d'extinction réduit le péril incendie et crée le péril eau. Pour des œuvres sur papier, sur toile ou sur bois, l'eau est souvent plus destructrice que le feu qu'elle prévient, et elle atteint l'ensemble de la pièce quand le feu, lui, se serait arrêté au compartiment. Dans un bâtiment ordinaire l'arbitrage ne se pose pas ; dans une réserve d'œuvres il peut s'inverser, ce qui fait du choix du système de protection un fait de souscription et non un détail de construction.
Un sinistre de masse n'est pas non plus une grande version d'un petit, et c'est là que la dépréciation revient. Le poste vu au deuxième module s'applique d'un coup à chaque objet survivant endommagé, et la question de savoir si son plafond joue PAR OBJET ou PAR ÉVÈNEMENT change le total dans un rapport important. Les rédactions sont souvent assez silencieuses pour que les deux lectures se soutiennent, et la différence ne se découvre qu'une fois, sur le dossier où elle porte sur plusieurs millions. C'est la phrase à lire avant le sinistre, parce qu'elle ne se négocie plus après.
Reste une contrainte physique que les polices ignorent presque toujours : la capacité de restauration est finie. Cent œuvres endommagées se disputent un petit nombre d'ateliers qualifiés, et la période de remise en état passe de quelques mois à plusieurs années. Tout ce qui se compte en temps s'en trouve prolongé, la privation de jouissance d'un marchand, un contrat d'exposition, un engagement de prêt. Le dommage matériel est borné par la valeur des objets ; la durée ne l'est par rien, et c'est elle qui produit les postes que personne n'avait chiffrés.
Le document le plus utile de ce module ne coûte rien à produire, et c'est ce qui rend son absence difficile à justifier. C'est le même tableau de valeurs, trié par lieu au lieu de l'être par objet. Il fait apparaître en une ligne ce que la liste par objet dissimule sur quarante pages : combien la pièce concentre, et comment ce total se compare à la limite par évènement. Un souscripteur qui reçoit un tableau trié par lieu voit l'accumulation ; celui qui reçoit une liste d'objets voit une collection.
Une collection privée de trois cents œuvres est assurée en valeur agréée, le tableau des valeurs totalisant 42 millions d'euros. Les œuvres qui ne sont pas accrochées, soit la grande majorité, sont conservées dans une réserve en sous-sol. La police porte une limite de 15 millions par évènement et plafonne la dépréciation à 10 % de la somme assurée. Un sprinkleur cède dans un local voisin ; l'eau atteint la réserve. Soixante œuvres sont endommagées, aucune n'est détruite. La restauration est devisée à 4,2 millions et l'expert retient une dépréciation de 12 % sur les œuvres touchées, dont la valeur agréée cumulée est de 19 millions. Le courtier annonce au collectionneur qu'il est sous-assuré.
Le courtier a tort sur cet évènement et raison sur la collection, et c'est cette dissociation qui fait le dossier. Sur ce sinistre-ci, la charge est de 4,2 millions de restauration plus une dépréciation de 12 % sur 19 millions, soit 2,28 millions, donc 6,48 millions au total : la limite de 15 millions par évènement ne mord pas, et la sous-assurance annoncée n'existe pas ici. Ce qui mord, en revanche, est la phrase sur le plafond de dépréciation, parce que « 10 % de la somme assurée » se lit de deux façons que le contrat ne départage pas. Rapporté aux valeurs agréées des œuvres touchées, le plafond vaut 1,9 million et ampute la dépréciation de 380 000 euros. Rapporté par objet, il ne mord sur aucune œuvre puisque 12 % dépasse 10 % partout, et il coûte alors 2 % de 19 millions, soit le même ordre de grandeur mais réparti autrement. Rapporté à la limite par évènement, il vaudrait 1,5 million. Trois lectures défendables, un écart de plusieurs centaines de milliers d'euros, et une phrase qui ne se renégocie plus. Le courtier a néanmoins raison sur le fond, mais il désigne le mauvais évènement : celui qui menace cette collection n'est pas l'eau qui abîme, c'est le feu qui vide la pièce, et là les 42 millions du tableau rencontrent une limite de 15. Le sinistre survenu est survivable et masque celui qui ne l'est pas. Reste le poste que personne n'a chiffré : soixante œuvres se disputeront un petit nombre d'ateliers, la remise en état s'étalera sur des années, et aucune ligne du contrat ne couvre ce que cette durée coûte.
- 01Les sommes assurées se fixent par objet et la limite se pose par évènement : une collection peut être intégralement assurée pièce à pièce et sous-assurée dans le seul scénario qui vide la pièce.
- 02La perte maximale probable est une grandeur conventionnelle : elle suit l'hypothèse de barrière retenue, et cette hypothèse manque presque toujours à côté du nombre.
- 03L'extinction réduit le feu et crée l'eau, et sur des œuvres l'arbitrage peut s'inverser : le système de protection est un fait de souscription.
- 04Le plafond de dépréciation par objet ou par évènement change le total dans un rapport important, et la phrase ne se renégocie pas après le sinistre.
- 05La capacité de restauration est finie : le dommage matériel est borné par la valeur des objets, la durée n'est bornée par rien.