Les réponses et les explications de chaque question s’affichent ici une fois le parcours terminé. Elles renvoient alors vers la fiche du glossaire correspondante, où la notion est traitée en entier avec son exemple chiffré.
1. Un assureur accepte une usine pharmaceutique dont la valeur assurée atteint 800 millions d'euros. Son traité incendie ne couvre les risques que jusqu'à 150 millions. Comment place-t-il le reliquat de 650 millions ?
En réassurance facultative, chaque risque étant présenté individuellement au marché
La réassurance facultative, couramment appelée fac, est un mode de placement où chaque risque est présenté individuellement : la cédante soumet le risque, le réassureur l'examine et décide librement de l'accepter ou de le refuser, d'où le nom. Elle s'oppose au traité obligatoire, dans lequel le réassureur est contractuellement tenu d'accepter tout ce qui entre dans le périmètre défini, sans examiner les dossiers un par un. Trois situations appellent la facultative, et celle du cas en est la première : un risque de grande valeur qui dépasse la capacité du traité existant. Les deux autres sont le risque atypique, dont le profil ne correspond pas aux critères du traité, et le risque sur lequel la cédante veut un avis extérieur avant de s'engager. En pratique, le placement passe par une slip présentée à plusieurs réassureurs qui souscrivent chacun une quote-part de la capacité, ce qui rend la facultative plus lente et plus coûteuse en frais de gestion qu'un traité, mais qui est le prix d'un examen dossier par dossier.
Fiche du glossaire →2. Un traité cat XL sur une branche multirisque habitation porte sur une prime sujette de 30 millions d'euros, à un taux de 1,5 pour mille. Quelle est la prime du traité ?
45 000 euros
La prime sujette, ou subject premium, est l'assiette de primes brutes de la cédante servant de base au calcul de la prime d'un traité en excédent de sinistres ou d'évènements : prime du traité égale taux multiplié par prime sujette, soit ici trente millions multipliés par 0,0015, donc 45 000 euros. Elle représente l'exposition totale sous-jacente couverte par la tranche, et c'est elle qui permet ensuite de calculer le burning cost et le rate on line, deux indicateurs qui n'ont aucun sens sans une assiette stable. Le point qui se négocie réellement n'est d'ailleurs pas le taux, il est la définition de l'assiette : la prime sujette est-elle nette de courtage, inclut-elle les taxes, porte-t-elle sur toutes les lignes ou sur une seule ? Une prime sujette mal définie crée des ambiguïtés sur le périmètre effectif du traité et se découvre au moment où l'on cherche à savoir ce qui était couvert, c'est-à-dire trop tard. À titre de repère, un burning cost se lit sur la même assiette : 450 000 euros de sinistres à la tranche rapportés à trente millions font quinze pour mille.
Fiche du glossaire →3. Sur un traité en quote-part : primes cédées 3 millions d'euros, chargements 600 000 euros, sinistres cédés 1 200 000 euros. La commission de profit est fixée à 25 pour cent. Combien revient à la cédante ?
300 000 euros
La commission de profit permet à la cédante de percevoir rétrospectivement une fraction du bénéfice réalisé par le réassureur sur le traité, lorsque la sinistralité s'avère inférieure au seuil convenu. La formule est constante : commission égale taux multiplié par la différence entre primes cédées, chargements et sinistres cédés, si cette différence est positive. Ici, trois millions moins six cent mille moins un million deux cent mille laissent un bénéfice de 1 200 000 euros, dont vingt-cinq pour cent font 300 000 euros. L'erreur naturelle consiste à appliquer le taux aux primes cédées, ce qui donnerait 750 000 euros : le taux porte sur le bénéfice, jamais sur l'assiette. Les chargements comprennent les frais du réassureur et la commission de base déjà versée, ce qui explique qu'ils se déduisent avant tout partage. Le mécanisme existe pour que la cédante conserve un intérêt à bien gérer sa sinistralité alors même qu'elle a transféré le risque, et il est plus fréquent en proportionnel qu'en excédent de sinistres. Une variante à échelle glissante fait varier le taux selon la sinistralité effective.
Fiche du glossaire →4. Un assureur spécialisé achète une protection qui se déclenche dès que son ratio de sinistralité annuel dépasse 115 pour cent, quelle que soit l'origine de la dégradation. De quelle forme de réassurance s'agit-il ?
Un stop-loss, ou excédent de perte annuelle
Le stop-loss est une forme de réassurance non proportionnelle qui ne protège pas contre un sinistre individuel mais contre la dégradation de la sinistralité globale d'un portefeuille sur toute une période. Le réassureur intervient lorsque la charge totale dépasse un seuil convenu, presque toujours exprimé en pourcentage des primes, et jusqu'à une limite. La distinction avec les deux formes d'excédent de sinistre est celle qui compte : un excédent de sinistre par risque regarde chaque police, un excédent par évènement regarde chaque catastrophe, le stop-loss ne regarde ni l'une ni l'autre, il regarde le résultat technique de l'année. C'est pourquoi il répond indifféremment à un grand sinistre isolé et à la multiplication de sinistres modérés, alors que les deux autres formes laissent passer la seconde. Il en résulte que le stop-loss est la protection la plus large qu'une cédante puisse acheter, et donc la plus chère : le réassureur y prend en charge la volatilité du résultat, et non plus seulement la sévérité d'un évènement.
Fiche du glossaire →5. Une garantie de responsabilité est tarifée en 2020 sur la base des verdicts de 2020, et le sinistre se règle en 2030 contre les verdicts de 2030. Que vend en réalité l'assureur de responsabilité ?
Une option longue sur la litigiosité future
Une branche de longue traîne est une branche dont le sinistre se déclare et se règle longtemps après l'encaissement de la prime, parfois une décennie, à la différence des dommages où le règlement suit de près la survenance. Ce décalage paraît anodin et il est redoutable, parce qu'il transforme l'assureur de responsabilité en vendeur d'une option longue sur la litigiosité future : il encaisse aujourd'hui un prix fondé sur les normes de verdict d'aujourd'hui, et paiera demain selon celles, généralement plus lourdes, du moment du règlement. L'écart annuel le plus modeste devient un gouffre par composition sur dix ans, et c'est arithmétique, non pessimiste. La longue traîne est ainsi le multiplicateur de l'inflation sociale, et elle explique un phénomène qui déroute : un déficit de provisionnement ne se manifeste pas quand il se constitue, il se manifeste des années plus tard, quand les exercices anciens finissent de se régler et que plus rien ne peut être corrigé sur les tarifs qui les ont produits.
Fiche du glossaire →6. Un assureur ajoute en janvier 2022 une clause d'exclusion cyber à toutes ses polices multirisques professionnelles. Son traité XL catastrophe, signé pour trois ans en 2020, ne comporte aucune exclusion équivalente. Quel est le problème ?
La couverture n'est plus back-to-back, mais l'écart joue en faveur de l'assureur
La couverture back-to-back désigne la correspondance parfaite entre le périmètre d'une police directe et celui du traité qui la réassure : tout sinistre couvert en direct l'est aussi au traité, et toute exclusion de la police se retrouve au traité. L'écart décrit ici est le cas favorable, et c'est ce qui le rend instructif : la police exclut le cyber, le traité ne l'exclut pas, donc si un sinistre cyber systémique frappait plusieurs assurés, les sinistres dépassant la rétention seraient transmis à un traité qui les accepte encore. Le contrat n'a aucun défaut : il porte une asymétrie temporaire que le réassureur corrigera au renouvellement. L'écart inverse, lui, est celui qui coûte : une police qui couvre ce que le traité exclut laisse l'assureur seul face à sa rétention et à tout ce qui la dépasse. Les causes de ces écarts sont ordinaires et non exceptionnelles : les renouvellements de polices et de traités ne coïncident pas dans le calendrier, un avenant à la police peut n'avoir jamais été répercuté au traité, et un traité pluriannuel fige des conditions que le marché direct fait bouger chaque année.
Fiche du glossaire →7. Un réassureur constate qu'il a accumulé 4,5 milliards d'euros d'exposition brute sur un ensemble de zones couvrant la Côte d'Azur et le delta du Rhône. Quel référentiel lui permet ce constat, et comparable avec ceux de ses concurrents ?
Les zones CRESTA, découpage géographique standardisé du marché
Le système CRESTA, pour Catastrophe Risk Evaluating and Standardizing Target Accumulations, est un référentiel de zonage géographique administré par une organisation professionnelle réunissant les principaux assureurs et réassureurs mondiaux. Il divise chaque pays en zones homogènes du point de vue de l'exposition aux catastrophes naturelles, avec une granularité qui suit l'importance du pays pour les périls naturels : l'Allemagne compte 130 zones, le Japon 68, la France 57. Son intérêt tient à l'uniformité plus qu'à la précision géographique : un découpage propre à chaque acteur rendrait les accumulations incomparables, donc invérifiables au niveau du marché, et c'est précisément le niveau où une concentration devient dangereuse. Le constat décrit ici conduit à une décision de souscription, restreindre les renouvellements sur ces zones, ou à un transfert, par exemple l'achat d'une protection indexée sur le marché des titres liés à l'assurance. La chaîne complète est là : un référentiel commun rend une accumulation visible, et une accumulation visible devient une décision.
Fiche du glossaire →8. Le Kenya a relevé en 2025 de 20 à 25 pour cent la part des traités non-vie devant obligatoirement revenir à son réassureur national. Quelle est la limite structurelle de ce mécanisme ?
Il retient le risque dans l'économie qui le produit, reconstituant la corrélation que la réassurance sert à briser
La cession obligatoire, ou cession légale, contraint les assureurs d'un pays à réassurer une part fixe de leurs affaires auprès d'un réassureur désigné, le plus souvent détenu par l'État. Les objectifs affichés sont cohérents et rarement contestés : retenir la prime sur le territoire, développer une capacité locale, réduire les sorties de devises. La limite est ailleurs et elle est structurelle, non politique. La fonction première de la réassurance est de briser la corrélation, c'est-à-dire de faire porter un risque local par un bilan qui n'est pas exposé au même péril. Une cession obligatoire fait exactement l'inverse en retenant le risque dans l'économie même qui le produit, si bien que le réassureur national sera en difficulté au moment précis où ses cédantes le seront aussi. L'effet est le plus marqué lorsque le péril est régional, séisme, cyclone, sécheresse, c'est-à-dire dans les pays qui ont le plus besoin de capacité extérieure. L'Ouganda cumule pour sa part trois cessions superposées, ce qui empile plusieurs fois le même effet.
Fiche du glossaire →9. Une couverture de développement défavorable retire à une cédante la volatilité de ses exercices antérieurs tout en lui laissant l'essentiel du profit. Contre quoi échange-t-elle son risque de sinistres ?
Un risque de contrepartie non tarifé, corrélé au péril transféré
La réassurance rétrospective couvre des passifs déjà nés, par transfert de portefeuille de sinistres ou par couverture de développement défavorable, et c'est l'outil central du marché du legacy. Son ambiguïté tient en deux temps. D'abord, elle n'éteint pas l'obligation du cédant envers son assuré : quoi qu'il advienne du porteur, c'est toujours l'assureur d'origine que l'assuré peut appeler. Ensuite, l'échange lui-même déplace le risque plus qu'il ne le supprime, puisqu'un risque de sinistres, connu et provisionnable, devient un risque de contrepartie qui n'est ni tarifé ni provisionné. Et ce risque de contrepartie n'est pas indépendant du premier : l'acquéreur défaille précisément quand les passifs se développent mal, c'est-à-dire dans le scénario même contre lequel la couverture a été achetée. Le produit tend d'ailleurs à porter moins sur des branches mortes que sur les exercices antérieurs de livres bien vivants, où retirer la volatilité tout en conservant le profit décrit un effet comptable plus qu'un transfert de risque, question que ni l'auditeur ni le superviseur ne conduisent avec constance.
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