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Étape 7 / 8

La contre-garantie, ou la chaîne de garants qu'il faut remonter

9 min de lecture

Un acheteur public exige presque toujours que la garantie qu'il reçoit soit émise par une banque de son propre pays, souvent parce que sa réglementation l'impose et toujours parce qu'il veut pouvoir l'appeler sans franchir de frontière. L'exportateur, lui, n'a pas de relation avec cette banque locale. Entre les deux s'installe une chaîne : la banque de l'exportateur contre-garantit la banque locale, qui émet la garantie au bénéficiaire. Trois engagements coexistent alors, autonomes les uns des autres, et le risque qu'il faut savoir lire n'est pas celui du bénéficiaire mais celui de la chaîne elle-même, qui casse toujours au même endroit.

Il faut d'abord comprendre que ces engagements ne sont pas emboîtés mais parallèles. La garantie locale obéit au droit du pays du bénéficiaire et à ses tribunaux ; la contre-garantie obéit à un autre droit, celui convenu entre les deux banques. L'appel de la première déclenche l'appel de la seconde presque automatiquement, parce que la contre-garantie est elle aussi à première demande : la banque locale paie, puis se rembourse sur la contre-garantie, et la banque de l'exportateur débite son client. Ce mouvement se produit en quelques jours, il est mécanique, et aucun des maillons n'est en position d'examiner le fond du différend commercial.

C'est ce qui explique l'asymétrie de position que découvrent les exportateurs. Contester l'appel suppose d'agir contre la banque locale, dans son pays, ce qui renvoie à tout ce qu'on sait des recours dans une juridiction sans exécution utile. Agir en France contre sa propre banque est plus facile et presque toujours vain : elle a payé conformément à un engagement autonome, elle n'avait pas à examiner le contrat commercial, et une injonction de ne pas payer ne s'obtient que dans des cas de fraude manifeste, appréciés strictement. La chaîne est donc conçue pour que l'argent parte, et pour que la discussion ait lieu après, entre le fournisseur et son acheteur.

L'endroit où la chaîne casse est presque toujours le même : le décalage des durées. La garantie locale porte une date de validité, souvent prorogeable à la demande du bénéficiaire ; la contre-garantie en porte une autre, fixée entre les deux banques. Si la première est prorogée automatiquement et la seconde non, la banque locale se retrouve exposée sans couverture et exigera un renouvellement immédiat. La pratique dite payer ou proroger, par laquelle le bénéficiaire demande une prolongation en menaçant d'appeler à défaut, exploite précisément ce décalage : un exportateur se voit alors contraint de prolonger un engagement dont il croyait être sorti, parfois plusieurs années de suite, sur un marché achevé.

Une deuxième cassure, moins fréquente et plus lourde, tient à la défaillance d'un maillon. Si la banque locale est mise sous administration après avoir payé, la contre-garantie a déjà joué et l'exportateur a supporté la perte ; si elle défaille avant, le bénéficiaire peut soutenir que la garantie n'a pas été honorée et se retourner sur le contrat commercial, ce qui ramène le litige au point de départ mais avec des sommes déjà bloquées. Dérouler la chaîne jusqu'au porteur final du risque n'est donc pas un exercice d'école : il dit qui supporte quoi à chaque scénario, et la réponse est presque toujours que c'est l'exportateur.

L'assurance intervient sur un segment précis de cette chaîne, et il faut savoir lequel. Ce qui se garantit est l'appel abusif ou injustifié d'une garantie, c'est-à-dire le préjudice subi par l'exportateur lorsque le bénéficiaire appelle sans droit, et certaines polices couvrent en outre l'appel résultant d'une décision publique. La couverture ne s'oppose pas au paiement, qui aura lieu de toute façon : elle rembourse ensuite, sur preuve, et le fardeau de cette preuve est réel. Ce qu'elle ne fait jamais, c'est empêcher la mécanique de se dérouler, et l'exportateur qui l'espère se trompe de produit.

La lecture pratique tient en trois vérifications avant émission et une discipline pendant. Avant : quelle est la durée de la garantie locale, quelle est celle de la contre-garantie, et l'écart est-il maîtrisé ; quel événement met fin à la garantie, une date, une réception, un certificat, et qui délivre ce document ; et le contrat commercial oblige-t-il le bénéficiaire à restituer la garantie à la réception, faute de quoi elle survit à l'ouvrage. Pendant : réclamer la mainlevée dès que l'événement libératoire est acquis, parce qu'une garantie oubliée dans un tiroir se paie, se proroge et finit par s'appeler.

Le cas travaillé

Un constructeur français a livré une station de pompage à un acheteur public d'Afrique centrale. Une garantie de bonne exécution de 2,4 millions d'euros a été émise par une banque locale, contre-garantie par la banque française du constructeur. La réception provisoire a été prononcée il y a dix-huit mois ; la réception définitive, qui libère la garantie selon le contrat commercial, n'a jamais été prononcée, l'acheteur ne convoquant pas la commission. La garantie locale expire le 30 avril, la contre-garantie le 15 mai. Le 2 avril, le bénéficiaire écrit qu'il appellera la garantie si elle n'est pas prorogée de douze mois. Que faire ?

L'analyse

La menace n'est pas un bluff et la mécanique lui donne raison : si l'appel est lancé, la banque locale paiera sur un engagement autonome, se remboursera sur la contre-garantie, et la banque française débitera le constructeur en quelques jours, sans que personne n'examine le fond. Contester supposerait d'agir contre la banque locale dans son pays, et agir en France contre sa propre banque serait vain, une injonction de ne pas payer ne s'obtenant qu'en cas de fraude manifeste. Le constructeur n'a donc pas le choix qu'il croit avoir entre proroger et refuser. Deux constats organisent la suite. Le premier est que la garantie survit à l'ouvrage par la faute d'une clause : c'est la réception définitive qui libère, et l'acheteur la retient en ne convoquant pas la commission, ce qui lui donne un moyen de pression permanent. Rien dans le contrat ne l'y oblige à date, et c'est cela qu'il fallait écrire avant la signature. Le second est le décalage des durées, quinze jours seulement entre les deux expirations, qui laisse une marge insuffisante et explique que la banque locale exigera un renouvellement immédiat. Ce qu'il reste à faire est donc borné : proroger, mais pour une durée courte et non douze mois, en la liant explicitement à la convocation de la commission de réception ; mettre en demeure l'acheteur de la convoquer, ce qui date le refus et servira de preuve d'abus ; et vérifier si la police couvre l'appel abusif, en sachant qu'elle ne l'empêchera pas et remboursera après, sur preuve. La leçon vaut pour le contrat suivant : une garantie qui s'éteint sur un acte que le bénéficiaire seul déclenche ne s'éteint jamais.

Ce qu'il faut retenir
  • 01Les trois engagements d'une chaîne de garanties sont parallèles et autonomes, pas emboîtés : aucun maillon n'examine le fond du différend.
  • 02L'appel se propage en quelques jours de la banque locale à la contre-garantie puis au compte de l'exportateur, et rien n'est conçu pour l'arrêter.
  • 03La chaîne casse sur le décalage des durées, et la pratique du payer ou proroger exploite précisément cet écart.
  • 04Une garantie qui s'éteint sur un acte que le bénéficiaire seul déclenche, comme une réception définitive, ne s'éteint jamais.
  • 05L'assurance de l'appel abusif rembourse après paiement et sur preuve : elle n'empêche jamais la mécanique de se dérouler.

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