Toute cette certification a examiné des risques portés par un tiers : un acheteur, une banque, un État. Il en reste un dont on ne parle jamais et qui est pourtant le dernier maillon de chaque raisonnement, celui de l'assureur lui-même. Une couverture n'est qu'une promesse de payer plus tard, souscrite auprès d'une entreprise qui peut se dégrader entre la signature et le sinistre, et l'exportateur qui a passé trois mois à choisir ses acheteurs a souvent choisi son assureur en une demi-journée, sur un prix. Ce déséquilibre est d'autant plus étrange que le sinistre d'un assureur est le seul qui frappe l'ensemble du portefeuille en même temps.
Il faut d'abord voir que ce risque n'est pas symétrique du risque de crédit ordinaire, parce qu'il se réalise au pire moment. Un assureur de crédit se dégrade quand la sinistralité générale monte, c'est-à-dire pendant une crise, c'est-à-dire exactement quand ses assurés déclarent. La corrélation est structurelle et elle joue contre l'assuré, comme celle du change vue ailleurs : on découvre la fragilité de son porteur au moment où l'on a besoin de lui, et non trois ans plus tôt quand on aurait pu changer.
Ce que l'on peut regarder est plus accessible qu'on ne croit et ne demande pas d'être analyste. Les entreprises d'assurance publient des indicateurs de couverture de leurs exigences réglementaires, et un porteur dont la marge se rapproche de son seuil verra son superviseur intervenir bien avant qu'il ne fasse défaut. Les notations financières existent et disent quelque chose, à condition de les lire comme un avis daté plutôt que comme une garantie. Et la concentration du porteur compte autant que sa taille : un assureur très exposé à un secteur ou à une région que l'on partage avec lui est un mauvais assureur pour soi, même s'il est excellent en général.
La réassurance change ensuite le raisonnement et il faut savoir dans quel sens. Elle est ce qui permet à un porteur moyen de tenir un sinistre majeur, donc elle est protectrice ; mais elle n'est pas un contrat de l'assuré, qui n'a aucun droit contre les réassureurs et ne connaît généralement pas leur identité. Un assureur qui paie mal parce que son panel de réassurance discute n'est pas moins tenu envers son assuré, mais il est plus lent, et cette lenteur ne se lit dans aucun indicateur public. C'est pourquoi la réputation de règlement, difficile à mesurer et facile à demander autour de soi, vaut mieux qu'un chiffre.
Vient la question pratique : que fait un assuré dont l'assureur se dégrade en cours de contrat. Trois voies existent et aucune n'est confortable. Résilier suppose de retrouver une couverture ailleurs, et un assureur nouveau ne reprendra pas des acheteurs déjà en retard, ce qui laisse le portefeuille dégradé sans protection. Attendre l'échéance est raisonnable si l'échéance est proche et la dégradation lente. Et répartir, c'est-à-dire placer une part du programme chez un second porteur, est la seule voie qui construit quelque chose, mais elle se met en place avant la crise et non pendant : au moment où l'on en a besoin, personne ne prend la moitié d'un portefeuille en difficulté.
Il faut ajouter ce qui protège malgré tout, et qui distingue l'assurance de la plupart des créances. Les engagements d'assurance sont supervisés, les provisions techniques sont contrôlées, et la défaillance d'un assureur passe presque toujours par un transfert de portefeuille organisé plutôt que par une liquidation brutale : les contrats sont repris par un autre porteur, souvent avec des conditions moins bonnes mais avec une continuité. Un assuré perd donc rarement tout ; il perd du temps, des conditions, et parfois l'accès à un pays que le repreneur n'écrit pas.
La discipline tient en trois gestes qui coûtent une heure par an. Regarder, une fois, l'indicateur de couverture réglementaire et la notation de son porteur, non pour en faire une science mais pour repérer une dégradation d'une année sur l'autre. Demander à son courtier quels sont les délais de règlement constatés chez ce porteur, information qu'il détient et que personne ne publie. Et se poser la question de la répartition quand le programme devient important, parce que le seul moment où l'on peut placer une part ailleurs est celui où l'on n'en a pas besoin.
Un exportateur assure depuis six ans l'ensemble de son poste client export, 34 millions d'euros, auprès d'un porteur unique de taille moyenne, très présent sur l'Afrique de l'Ouest où lui-même réalise 40 pour cent de son activité. En janvier, l'indicateur de couverture réglementaire de ce porteur passe de 178 à 131 pour cent, et une agence abaisse sa note d'un cran avec perspective négative. Deux acheteurs de l'exportateur, représentant 2,6 millions, sont en retard depuis novembre et déclarés. L'échéance de la police est au 30 juin. La direction financière propose de résilier immédiatement et de consulter le marché. Que faut-il faire ?
Résilier maintenant est la décision qui aggrave la position au lieu de la protéger, et il faut le dire avant tout. Un porteur nouveau ne reprendra pas les deux acheteurs déjà en retard, ni probablement l'exposition ouest-africaine au moment où elle inquiète tout le marché : l'exportateur se retrouverait donc sans couverture précisément sur les 2,6 millions déjà dégradés et sur les 40 pour cent qui l'exposent, en échange d'une couverture neuve sur ce qui va bien. La dégradation, ensuite, doit être lue pour ce qu'elle est : un indicateur qui passe de 178 à 131 pour cent reste au-dessus du seuil réglementaire, et il signale une surveillance accrue du superviseur bien avant un défaut. Ce qui inquiète réellement n'est pas ce chiffre mais la corrélation : ce porteur est très exposé à la région où l'exportateur réalise 40 pour cent de son activité, si bien que la crise qui fera déclarer l'un est celle qui affaiblira l'autre. C'est cette concentration partagée qui est le vrai défaut du montage, et elle existait avant janvier. Trois gestes suivent, dans cet ordre. Laisser courir jusqu'au 30 juin, l'échéance étant proche et la dégradation lente, tout en poussant les deux dossiers déclarés pour qu'ils soient réglés sous le contrat en cours. Demander au courtier les délais de règlement constatés chez ce porteur depuis six mois, seule information qui dise si la dégradation touche déjà les paiements. Et préparer pour juin non un changement mais une répartition, en plaçant une part du programme chez un second porteur moins exposé à la région : c'est la seule décision qui traite la cause, et le seul moment où elle est possible est celui où l'on n'en a pas encore besoin.
- 01L'assureur est le dernier maillon de chaque raisonnement de cette certification, et le seul dont la défaillance frappe tout le portefeuille en même temps.
- 02Le risque se réalise au pire moment : un assureur de crédit se dégrade quand la sinistralité générale monte, donc quand ses assurés déclarent.
- 03La concentration compte autant que la taille : un porteur très exposé à la région qu'on partage avec lui est un mauvais assureur pour soi.
- 04Résilier en cours de dégradation laisse sans couverture les acheteurs déjà en retard : la répartition se met en place avant la crise, jamais pendant.
- 05Une défaillance passe presque toujours par un transfert de portefeuille organisé : on perd du temps et des conditions, rarement tout.