Un porte-conteneurs grec coulé par un drone au large de la Bulgarie
Le mercredi 28 octobre, Kyriakos Mitsotakis, Premier ministre grec, a appelé à une trêve maritime mondiale. Un drone venait de couler un porte-conteneurs grec au large de la Bulgarie. C'est la dernière d'une série de frappes contre des navires dans l'ouest de la mer Noire depuis le début du mois. Mitsotakis parlait au Conseil de sécurité des Nations unies, que la Grèce préside, lors d'un débat sur la sûreté maritime. « Viser la marine marchande civile est totalement inacceptable », a-t-il dit. Selon lui, les entraves à la navigation font monter le coût du fret et de l'assurance, et pour finir les prix payés par le consommateur. Insurance Journal a rapporté ses propos le 29 octobre.
Mitsotakis a parlé aussi de l'accord maritime signé entre la Turquie et la Libye, que la Grèce, Chypre et trois États arabes ont condamné. Aucun arrangement bilatéral, a-t-il dit, ne prime le droit international de la mer. Le même jour, Commercial Risk rapporte que l'Inde vient de créer deux produits d'assurance-crédit adossés à l'État pour ses chantiers navals. Ils protègent les chantiers du pays contre les impayés et la défaillance des acheteurs sur les contrats de construction de navires. Trois nouvelles d'une même semaine, et chaque fois un État qui prend en main un risque de mer.
Commençons par le navire coulé. Les polices maritimes de base, sur corps comme sur facultés, excluent la guerre. Ce risque se rachète à part, par les clauses Institute War and Strikes, chez des souscripteurs spécialisés. Ces polices se résilient avec un préavis de sept jours. La perte du porte-conteneurs tombera donc d'ordinaire sur la police guerre de l'armateur, pas sur sa police corps. Le préavis de sept jours compte plus que la perte elle-même. Après une série de frappes, le marché guerre peut résilier et recoter toute une zone en une semaine. Chaque passage se paie ensuite par une surprime, négociée voyage par voyage. La mer Rouge l'a montré en 2024.
Le marché guerre ne demande pas qui a tiré. La zone fait le prix. La police guerre couvre d'ordinaire l'acte d'un État, celui d'un groupe armé et celui d'une personne qui agit pour un motif politique. Le contrat cyber suit la logique inverse. Les clauses de Londres LMA 5564 à 5567 font dépendre l'exclusion de guerre de l'attribution de l'attaque à un État. Un même acte hostile se règle donc de deux façons. Un drone contre la coque se paie selon la carte, tout de suite. Un logiciel contre le système de navigation se paie selon l'auteur, et l'attribution peut prendre des mois.
Pour l'armateur, l'écart se voit dans ses propres contrats. Les polices maritimes portent d'ordinaire la clause CL380, qui exclut le dommage causé par l'usage malveillant d'un ordinateur. Une attaque informatique contre la passerelle sort donc de la police corps, sauf rachat négocié. Elle peut ensuite buter sur l'exclusion de guerre de la police cyber, si un État est désigné comme auteur. Dans l'ouest de la mer Noire, une frappe par drone et un brouillage de la navigation font partie du même conflit. Le premier dommage a un prix connu. Le second peut ne trouver aucun payeur, et le souscripteur doit lire les deux contrats ensemble.
Mitsotakis demande une trêve, c'est-à-dire une réponse politique à un problème que le marché règle par le prix. L'histoire récente montre ce qui se passe quand le prix devient trop haut. Le corridor céréalier de la mer Noire, en 2022 et 2023, n'a tenu que grâce à une assurance guerre montée pour lui. L'Inde fait la même chose sur un autre risque, en mettant l'État derrière le crédit de ses chantiers. Et l'accord turco-libyen rappelle que le tracé des zones maritimes décide qui peut forer et sous quelle licence. Une licence donnée par un État et contestée par un autre est un cas d'école de risque politique.
Notre lecture, datée du 30 octobre. Nous pensons que l'ouest de la mer Noire va se recoter sans se fermer. Les frappes touchent désormais les abords d'un État membre de l'Union européenne et de l'OTAN, et la surprime suivra au prochain transit. La capacité restera, parce que le marché guerre sait vendre une zone chère. Le vrai trou est ailleurs, entre la police corps qui exclut l'attaque informatique et la police cyber qui exclut la guerre. Nous relirons cette lecture à la prochaine révision de la liste des zones du Joint War Committee, puis au premier sinistre informatique déclaré sur un navire de la région.
Ce qu'on ne sait pas encore. On ignore qui a lancé le drone, et si un État en revendiquera ou en désignera l'auteur. On ne connaît ni le nom du navire, ni son pavillon, ni le sort de l'équipage. On ignore où la police guerre du navire était placée, et pour quelle valeur. On ne sait pas si le Joint War Committee modifiera sa liste pour l'ouest de la mer Noire. Côté indien, on ne connaît ni le montant garanti par l'État, ni les pays d'acheteurs couverts.
Le Fil+ vous l'envoie le matin de sa parution, signé, avec les 40 Fil déjà parus à chercher par clause ou par pays, et une alerte quand un terme que vous suivez revient. 7 € TTC par mois, compris dans l'abonnement Pro. Pour l'instant, c'est une liste d'attente : rien ne se paie.