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Comment le Grand Incendie de Londres a-t-il fait naître l'assurance incendie ?

Les 6 fiches de cette réponse, tissées sur les 18 catégories du glossaire

La réponse

Réponse courte. En montrant qu'une ville entière pouvait brûler, puis en la faisant reconstruire. Le feu parti le 2 septembre 1666 d'une boulangerie de Pudding Lane a détruit en quatre jours environ 13 000 maisons et 87 églises paroissiales. Dans la reconstruction, Nicholas Barbon, médecin devenu bâtisseur, a vendu la promesse de rebâtir : son bureau, ouvert derrière le Royal Exchange vers 1667 et refondu en 1680 sous le nom de Fire Office, passe pour la première compagnie d'assurance incendie.

Quatre jours de septembre

Le feu part dans la nuit du 2 septembre 1666, chez un boulanger de Pudding Lane, et ne s'éteint que le 5 ou le 6 selon les récits. Les maisons à colombages, serrées et en encorbellement, le portent de rue en rue ; la cathédrale Saint-Paul prend feu le 4 au soir. Le bilan tient en trois chiffres : de 13 000 à 13 200 maisons, 87 églises paroissiales, et quelque 80 000 sans-abri, pour un nombre de morts connus étonnamment faible, seize selon les registres (Britannica, History.com, Insurance Museum).

Aucune maison n'était assurée contre le feu. Le contrat n'existait pas encore sous une forme qu'un propriétaire pût acheter.

Le médecin qui vendait la reconstruction

Nicholas Barbon, fils d'un prédicateur puritain, formé à la médecine, fait fortune dans la reconstruction de Londres. Selon le Musée de l'assurance, il ouvre dès 1667 un « bureau d'assurance des maisons » derrière le Royal Exchange, qu'il dirige jusqu'en 1680, année où il le refond avec de nouveaux associés et un capital de 40 000 livres sous le nom de Fire Office (Insurance Museum, Insurance Hall of Fame). Le Musée de Londres conserve la police n° 1403, datée du 7 août 1682 et signée de sa main, l'une des rares qui survivent (London Museum).

Le Fire Office ne se contente pas de payer. Il entretient une compagnie d'hommes chargés d'éteindre les feux chez ses assurés, et cloue sur leurs façades une plaque de métal, la marque d'incendie, pour que sa brigade sache quelles maisons défendre (Museum of London, Wikipédia). L'assureur a compris, dès le premier jour, qu'il coûte moins cher d'empêcher le sinistre que de le payer.

Ce que le feu a appris au métier

La leçon de 1666 n'est pas qu'une maison peut brûler : tout le monde le savait. C'est qu'un seul événement peut brûler toutes les maisons en même temps. Un assureur qui aurait couvert chaque maison de la City aurait reçu, en quatre jours, la totalité de ses sinistres possibles. C'est le problème du cumul, qui fixe encore aujourd'hui ce qu'un portefeuille peut porter : on ne mutualise que des risques qui ne brûlent pas ensemble.

Le cyber a retrouvé ce problème trois siècles et demi plus tard. Un fournisseur de logiciel commun à mille entreprises joue le rôle des ruelles de bois de Pudding Lane : une seule défaillance, et mille polices déclenchent en même temps. Les modèles de catastrophe cyber cherchent ce que les rues de 1666 montraient à l'œil nu, ce par quoi le feu passe d'une maison à l'autre.

Cette page raconte une histoire ; elle ne dit rien de ce qu'il faudrait assurer aujourd'hui.