Une bombe dans la City
Le 10 avril 1992, une camionnette piégée explose devant le Baltic Exchange, la bourse du fret maritime, au cœur du quartier financier de Londres. Les premières estimations des dégâts parlent de 800 millions de livres ; un an plus tard, les documents diplomatiques irlandais rapportent qu'elles ont été ramenées vers 350 millions, certains immeubles n'ayant finalement pas eu à être démolis (archives CAIN, 26 avril 1993). Le cabinet CMS chiffre à environ 760 millions le coût pour l'assurance des attentats de 1992 (CMS).
Le montant compte moins que ce qu'il a révélé : personne ne savait dire combien d'autres bombes viendraient, ni où. Un risque qu'on ne sait pas modéliser ne se réassure pas, et sans réassurance les assureurs ne pouvaient plus offrir la garantie aux propriétaires d'immeubles commerciaux (Mondaq).
La solution : mutualiser, et faire garantir le reste par l'État
Pool Re est né en 1993, sur le fondement du Reinsurance (Acts of Terrorism) Act de la même année. Les assureurs lui cèdent le risque terroriste des biens commerciaux de Grande-Bretagne ; il le porte sur ses propres réserves, et au-delà, le Trésor s'engage à lui avancer ce qui manque. Pool Re paie une prime pour cette garantie, et rembourserait l'État s'il devait s'en servir (HM Treasury).
Le dispositif a servi presque aussitôt : le 24 avril 1993, une autre bombe de l'IRA dévaste Bishopsgate. Ce sinistre de 262 millions de livres est resté longtemps le plus lourd que Pool Re ait payé ; Pool Re estime qu'il dépasserait aujourd'hui le milliard, tant les immeubles et leurs valeurs se sont densifiés (présentation de Pool Re au Trésor américain).
Le modèle a voyagé, jusqu'au cyber
Après le 11 septembre 2001, d'autres pays ont fait le même constat et retenu la même architecture : le GAREAT en France et le Terrorism Risk Insurance Act aux États-Unis, tous deux en 2002. Et le 1er avril 2018, Pool Re a étendu sa couverture aux dommages matériels et aux pertes d'exploitation directes causés par un acte terroriste mené par des moyens informatiques (Insurance Times, Reinsurance News).
C'est la jonction que suit AlgoPolis. Le terrorisme est un risque politique : son auteur cherche un effet sur l'État, pas un gain. Quand il frappe par un réseau plutôt que par une camionnette, la question de savoir qui le paie, du marché ou de l'État, se pose dans un contrat cyber.
Cette page raconte une histoire ; elle ne dit rien de ce qu'il faudrait assurer aujourd'hui.