Affaire Beltracchi (2010-2011)
Le faussaire allemand Wolfgang Beltracchi peignait des « inédits » de Max Ernst, Campendonk ou Derain et leur fabriquait une provenance ; arrêté en 2010, il est condamné à Cologne en octobre 2011 à six ans de prison.
En 2006, la maison de ventes Lempertz, à Cologne, adjuge un « Tableau rouge avec chevaux » attribué à Heinrich Campendonk pour environ 2,9 millions d'euros. L'acheteur fait analyser la toile : on y trouve un blanc de titane que le peintre ne pouvait pas avoir en 1914. Le tableau était de Wolfgang Beltracchi, qui ne copiait pas : il peignait les œuvres qu'un artiste aurait pu faire, souvent des titres cités dans des catalogues anciens et réputés perdus, puis leur fabriquait une histoire. Au dos, des étiquettes imitant celles de la collection du marchand Alfred Flechtheim, ruiné et dispersé dans les années 1930, ce qui expliquait un siècle de silence. Des photos d'époque mises en scène, des avis de spécialistes reconnus et quelques inscriptions au catalogue faisaient le reste. Arrêté en 2010, il est condamné à Cologne en octobre 2011 à six ans de prison, sur quatorze faux retenus au dossier ; lui-même en a revendiqué bien davantage. Le souscripteur en retient que la provenance se fabrique aussi bien que la toile. Une étiquette de collection, une photo ou une notice d'expert ne prouvent rien seules : c'est leur recoupement avec des archives indépendantes, et l'analyse des matériaux, qui comptent. Pour l'acheteur, le recours passe par la garantie d'authenticité de la maison de ventes, limitée dans le temps et souvent au seul prix payé, puis par une action contre le vendeur ou contre l'expert. La police beaux-arts reste muette : l'œuvre n'a subi aucun dommage. À ne pas confondre avec l'affaire Knoedler, où une galerie établie revendait les faux d'une même fournisseuse, ni avec le risque de titre, où l'œuvre est vraie mais son propriétaire contesté.
Cas d'école : un acheteur paie un faux 2,4 millions d'euros au marteau, plus 25 % de frais acheteur, soit 3 millions. La garantie d'authenticité de la maison lui rend le prix total pendant cinq ans, frais compris, sur preuve d'un faux. Il découvre la fraude dans la quatrième année et récupère 3 millions. Ses frais d'analyse et d'avocat, 180 000 euros, restent à sa charge, sauf à les obtenir du vendeur en justice. Une découverte dans la sixième année ne lui laisserait que ce recours.
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