Arrêt programmé de raffinerie (turnaround)
Arrêt complet d'une unité ou d'un site pour inspection et maintenance, en général tous les quatre ou cinq ans. Le risque se concentre au redémarrage, et la franchise en jours de la perte d'exploitation joue autrement.
Texas City, 23 mars 2005 : BP redémarre l'unité d'isomérisation après un arrêt de maintenance, la colonne de séparation du raffinat se remplit au-delà de son niveau, le liquide s'échappe par l'évent et s'enflamme. Quinze morts, cent quatre-vingts blessés. Le Chemical Safety Board a relevé un indicateur de niveau défaillant et une procédure de démarrage non suivie. Le scénario est connu de tous les ingénieurs de prévention : l'accident de raffinerie survient plus souvent dans les phases transitoires que dans la marche stable. Un turnaround mobilise sur quelques semaines des centaines, parfois des milliers d'intervenants extérieurs, ouvre des équipements qu'on ne voit qu'une fois par cycle, multiplie les permis de feu et les consignations. Le souscripteur dommages le lit sous deux angles. Pendant l'arrêt, l'unité est vide et inerte, mais le chantier crée ses propres périls : travaux par point chaud, levages lourds, erreurs de consignation. Au redémarrage, tout ce qui a été démonté est remis en pression d'un coup, et c'est là que la fenêtre de risque est la plus courte et la plus dense. Les questions de la visite de risque suivent : le calendrier, ce qui a été inspecté et ce qui a été reporté, la revue de sécurité avant démarrage, les écarts constatés et leur traitement. Un turnaround repoussé pour garder la marge allonge le cycle et use les équipements ; le marché le remarque. Reste la perte d'exploitation. La police downstream porte une franchise exprimée en jours, et l'indemnité se calcule sur ce que le site aurait produit sans le sinistre. Si l'accident survient pendant l'arrêt, les jours déjà prévus à l'arrêt ne sont pas une perte : seul compte l'écart avec le programme. Un dépassement de calendrier sans dommage matériel, lui, reste à la charge de l'exploitant.
Cas d'école chiffré. Une raffinerie dégage une marge brute de 1,5 M€ par jour. Sa police porte une franchise perte d'exploitation de 45 jours. Un incendie survient alors qu'il reste 20 jours d'arrêt programmé, et les réparations immobilisent le site 120 jours à compter du sinistre. Les 20 jours prévus ne sont pas une perte : l'écart au programme est de 100 jours. Après la franchise, 100 - 45 = 55 jours, soit 55 x 1,5 = 82,5 M€ indemnisés. Le même incendie en marche normale aurait donné 120 - 45 = 75 jours, soit 112,5 M€.
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