Mutuelle et réciproque d'assurance
Formes d'entreprise d'assurance détenues par leurs assurés plutôt que par des actionnaires, dont la structure de capital change à la fois la gouvernance et la marge de manoeuvre financière.
En 1922, vingt-cinq officiers de l'armée américaine ont décidé de s'assurer entre eux pour leurs automobiles, que les assureurs rechignaient à couvrir ; leur réciproque est devenue USAA. Une mutuelle n'a pas d'actionnaires : ses sociétaires sont à la fois assurés et propriétaires, et le résultat leur revient en ristourne, en baisse de cotisation ou en fonds propres, jamais en dividende. La réciproque, fréquente aux États-Unis, va plus loin. Les souscripteurs s'assurent les uns les autres et confient la gestion à un attorney-in-fact rémunéré, qui ne porte pas le risque et peut, lui, être coté comme Erie Indemnity pour l'Erie Insurance Exchange. Face à la société anonyme, la gouvernance répond aux assurés, ce qui cale l'horizon de décision sur la durée des engagements. Le capital, en revanche, ne se lève pas sur le marché des actions. La croissance dépend du résultat mis en réserve et de la dette subordonnée, et en France la loi ESS du 31 juillet 2014 a créé les certificats mutualistes pour entrouvrir la porte. Enfin aucune OPA ne sanctionne une gestion médiocre, ce qui reporte sur le superviseur et les instances internes une discipline que le marché exerce ailleurs.
Les formes mutualistes portent une part importante des marchés européens d'assurance de personnes et de dommages, et l'accès au capital est leur contrainte la plus visible : plusieurs groupes mutualistes européens ont émis de la dette subordonnée éligible aux fonds propres prudentiels précisément parce que l'émission d'actions leur est fermée par leur statut.
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