Nuage de cendres de l'Eyjafjallajökull (2010)
En avril 2010, les cendres d'un volcan islandais ferment l'espace aérien européen environ six jours et font annuler plus de 100 000 vols. Les compagnies perdent environ 1,7 milliard de dollars, presque rien d'assuré, faute de dommage matériel.
Islande, 14 avril 2010 : l'Eyjafjallajökull entre dans sa phase explosive sous un glacier, et le panache, chargé de cendres fines, file vers l'Europe sur un flux de nord-ouest. À partir du 15 avril, l'espace aérien ferme au Royaume-Uni, en Europe du Nord, puis sur une grande partie du continent. Environ six jours de quasi-paralysie, plus de 100 000 vols annulés, des millions de passagers bloqués ; l'IATA chiffre les pertes de recettes des compagnies à environ 1,7 milliard de dollars. Presque rien n'était assuré. La perte d'exploitation suppose un dommage matériel aux biens de l'assuré, et aucun avion n'avait été touché : on les gardait au sol. Les rares garanties de fermeture d'espace aérien sans dommage, achetées par quelques aéroports et voyagistes, portaient des sous-limites modestes. Le coût est retombé sur les transporteurs par le règlement 261/2004. L'éruption est une circonstance extraordinaire, qui dispense de l'indemnisation forfaitaire, mais pas du devoir d'assistance : repas, hôtel, réacheminement. La CJUE l'a confirmé en 2013 dans l'arrêt McDonagh contre Ryanair, sans limite de durée ni de montant. Les assureurs voyage ont joué au cas par cas, selon que la police visait ou non la fermeture d'espace aérien. Beaucoup ont réécrit leurs conditions dans l'année pour nommer les cendres volcaniques, en garantie ou en exclusion. La crise a aussi changé la règle de vol. L'Europe appliquait la doctrine de l'OACI, tolérance zéro dans la cendre. Elle a ensuite admis le vol sous des seuils de concentration exprimés en milligrammes par mètre cube, l'exploitant engageant sa propre évaluation de sécurité au-dessus du premier seuil. À ne pas confondre avec un cumul de dommages matériels : la cendre de 2010 a coûté par l'immobilisation des flottes, sans détruire un appareil.
Cas d'école chiffré. Une compagnie européenne garde 40 000 passagers bloqués cinq nuits. Le devoir d'assistance lui coûte 120 euros par nuit et par passager (hôtel et repas), soit 40 000 × 5 × 120 = 24 M€. Elle perd en outre 60 M€ de recettes. Sa police PE ne paie rien : aucun dommage matériel. Elle avait acheté une garantie de fermeture d'espace aérien sans dommage, sous-limitée à 5 M€. Bilan : 24 + 60 = 84 M€ de charge, 5 M€ récupérés, 79 M€ restent pour son compte.
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