Une portée n'est pas un stock permanent. Une couche paie jusqu'à ce que les versements cumulés du réassureur atteignent son montant, puis cesse de répondre : tout sinistre ultérieur remonte à la charge de la cédante, ou de la tranche supérieure si la structure le prévoit. Il en résulte une distinction que les comptes rendus de conseil confondent : une cédante qui annonce deux cents millions de couverture n'en dispose que si aucune tranche n'a été entamée, et la seule grandeur qui compte pour le second évènement est la capacité résiduelle. Les directions des risques suivent donc l'épuisement tranche par tranche, et non le montant nominal du programme.
La reconstitution lève cet épuisement. Après un sinistre ayant entamé ou consommé une tranche non proportionnelle, elle rétablit sa capacité pour le reste de la période, moyennant une prime de reconstitution. Le traité en fixe le nombre, la clause à lire en premier : souvent une ou deux, parfois illimité sur une couche de travail qu'on sait fréquemment touchée, parfois aucune sur une couche de pointe qu'on n'imagine pas touchée deux fois. Une reconstitution dite gratuite n'est pas un cadeau : son coût est déjà dans la prime de la couche.
Le prix se calcule de deux manières qu'il faut nommer séparément, parce que l'écart entre elles est du même ordre que le montant. Le prorata du montant rapporte la prime de reconstitution à la part de portée consommée : une couche de dix millions entamée de six, sur une prime de 1,2 million, se reconstitue pour 0,72 million. Le prorata temporel y ajoute le temps restant : les mêmes six millions consommés à cinq mois de l'échéance se reconstituent pour cinq douzièmes de 0,72 million, soit 0,30 million. Un traité qui dit « payable à 100 % » sans préciser lequel des deux s'applique laisse ouverte une différence de plus du double.
Un programme s'épuise de deux manières qui n'appellent pas la même réponse, et c'est la distinction la plus utile de cette leçon. L'épuisement vertical décrit un évènement unique mais très coûteux qui traverse le programme de bas en haut : il consomme la première tranche, entame puis consomme la deuxième, et s'arrête au-dessus. Ce qu'il subit est un test de hauteur : son sommet comparé à la perte maximale probable. L'épuisement horizontal décrit une même tranche basse touchée plusieurs fois dans l'exercice par des évènements distincts, jusqu'à ce que ses reconstitutions soient consommées. Le programme n'a plus de première ligne, et la cédante supporte en net les évènements suivants jusqu'à la priorité de la tranche supérieure, qui reste intacte et intégralement payée.
L'épuisement horizontal est le mode de défaillance le plus fréquent et le moins anticipé, parce que le dimensionnement regarde presque toujours la hauteur. Les États-Unis en ont donné un cas daté : 2023 a compté plus de vingt tempêtes convectives dépassant le milliard de dollars, pour environ soixante milliards de pertes assurées, sans aucun ouragan majeur au débarquement. Des assureurs du Midwest dont la tranche basse portait une seule reconstitution l'ont épuisée dès juin et ont absorbé en net les épisodes de grêle de l'été, alors que leurs tranches hautes, intégralement payées, n'ont pas été touchées une fois. La signature du péril explique tout : grêle, inondation et feux de forêt répètent des évènements moyens au lieu d'en produire un extrême.
Le mode vertical a ses propres cas, aussi datés. L'ouragan Ian, en septembre 2022, environ cinquante milliards de dollars de pertes assurées en Floride, a consommé les deux premières tranches d'assureurs régionaux en un seul évènement. Le séisme et le tsunami de Tohoku, en mars 2011, ont produit environ trente-cinq milliards de pertes assurées, très au-delà des scénarios de plusieurs programmes japonais : une cédante dont le sommet se situait à huit cents millions de dollars a vu toutes ses tranches épuisées verticalement et a supporté en net ce qui dépassait. Les renouvellements d'avril 2011 ont porté les sommets de trente à soixante pour cent sur ce marché, réponse propre au mode vertical qui n'aurait rien changé au mode horizontal.
Trois dispositifs répondent à la fréquence, et un seul y répond vraiment. Acheter des reconstitutions et abaisser la priorité de la tranche basse repoussent le seuil sans traiter le cumul. La couverture en agrégé, qui additionne les évènements au lieu de les traiter un à un, répond à la fréquence elle-même. Le top and drop en est une variante d'efficacité : une tranche sommitale que le premier évènement n'atteint pas redescend servir de seconde ligne à une priorité basse, ce qui convertit une capacité dormante en protection de fréquence pour bien moins qu'une reconstitution supplémentaire. La contrepartie est entière : un premier évènement de très grande taille la consomme en haut et la rend indisponible en bas.
Au 1er janvier 2026, une cédante place un programme catastrophe en trois tranches. C1 : 20 millions d'euros en excédent de 10, prime 4,0 millions, deux reconstitutions à 100 % au prorata du montant consommé, sans prorata temporel. C2 : 30 millions en excédent de 30, prime 2,4 millions, une reconstitution au prorata du montant et du temps. C3 : 40 millions en excédent de 60, prime 1,2 million, sans reconstitution. Trois évènements : une tempête de 38 millions le 18 mars, une grêle de 26 millions le 2 juin, une inondation de 47 millions le 14 septembre. Le 15 septembre, le directeur financier annonce au conseil que « le programme porte 90 millions de capacité ». Que faut-il corriger, et de quoi la maison dispose-t-elle ?
Les 90 millions sont le montant nominal, exact au 31 décembre 2025 et faux depuis le 18 mars. La tempête de 38 millions laisse 10 millions de priorité à la cédante, consomme les 20 millions de C1 et entame C2 de 8 millions ; C1 se reconstitue en totalité pour 4,0 millions, C2 au prorata du montant et du temps, 8 trentièmes de 2,4 millions ramenés aux 288 jours restants, soit environ 0,50 million. La grêle de 26 millions consomme 16 des 20 millions de C1 rétablie ; la seconde et dernière reconstitution de C1 coûte 16 vingtièmes de 4,0 millions, soit 3,2 millions. L'inondation de 47 millions consomme les 20 millions de C1, qui n'a plus de reconstitution, et 17 millions de C2, qui n'en a plus non plus. Au 15 septembre, la maison dispose donc de 13 millions sur C2, qui répondent de 30 à 43, et des 40 millions de C3 en excédent de 60 : 53 millions de portée, et surtout rien entre 10 et 30. Ce que le conseil doit entendre n'est pas le total mais cette béance. Une quatrième inondation identique à celle de septembre coûterait 34 millions nets, contre 10 millions en mars, sans qu'aucune clause n'ait changé et sans qu'aucun réassureur n'ait manqué à son engagement. Deux remarques complètent le tableau et vont en sens contraire. Les primes de reconstitution payées, 4,0 plus 0,50 plus 3,2, font 7,7 millions contre 7,6 millions de prime d'origine : la maison a acheté son programme deux fois et se retrouve moins protégée qu'au départ. Et il n'a pourtant pas échoué : 81 millions recouvrés sur 111 de sinistres bruts, 30 millions nets, ce qui est exactement le service attendu. Les deux lectures sont vraies ensemble, et c'est le fond de la leçon : la question ouverte n'est pas la performance passée mais ce qu'il reste pour le quatrième trimestre.
- 01Une tranche est épuisée lorsque les versements cumulés atteignent sa portée : la capacité résiduelle, non le montant nominal, compte seule pour le sinistre suivant.
- 02Le traité fixe le nombre de reconstitutions, souvent une ou deux, parfois aucune au sommet. Une reconstitution gratuite est déjà payée dans la prime de la couche.
- 03Le prix se calcule au prorata du montant consommé, parfois aussi du temps restant : un traité qui ne précise pas lequel laisse ouverte une différence de plus du double.
- 04L'épuisement vertical teste la hauteur du programme, l'horizontal le nombre de reconstitutions, et un programme conçu pour l'un peut échouer sur l'autre.
- 052023 aux États-Unis : plus de vingt tempêtes convectives au-dessus du milliard de dollars, environ soixante milliards de pertes assurées, sans ouragan majeur, et des tranches basses épuisées dès juin.
- 06Ajouter des reconstitutions ou abaisser la priorité repousse le seuil ; seule une couverture en agrégé répond à la fréquence, et le top and drop convertit une capacité sommitale dormante en seconde ligne.