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Le risque de base, ou l'écart entre l'indice et soi

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Le risque de base est le prix que l'on paie pour la vitesse et la simplicité, et c'est le concept central de tout le transfert alternatif. Il désigne l'écart entre la compensation reçue au titre d'un instrument à déclencheur non indemnitaire et la perte réellement subie. Dès que le déclencheur cesse de suivre la perte propre du sponsor, il suit autre chose, et cet autre chose ne coïncide jamais parfaitement avec ce qui lui arrive.

L'écart joue dans les deux sens et les deux sens ne se valent pas. Un risque de base positif signifie qu'on reçoit plus que ce qu'on a perdu : c'est confortable financièrement, cela pose des questions comptables et parfois réglementaires sur le transfert de risque réellement opéré, et surtout cela se signale de soi-même, puisque personne n'oublie d'encaisser. Un risque de base négatif signifie qu'on reçoit moins que sa perte, ou rien du tout malgré une perte lourde. C'est le problème structurel des déclencheurs non indemnitaires, et il se découvre au plus mauvais moment, c'est-à-dire pendant un sinistre.

Trois causes le creusent, et elles se traitent différemment. La première est géographique : la zone où le paramètre est mesuré, ou celle que l'indice agrège, ne recouvre pas la zone où le portefeuille est concentré. C'est la cause la plus fréquente et la plus mesurable, puisqu'elle se travaille en comparant deux cartes. La deuxième est la nature du péril : un paramètre physique décrit une cause, et le dommage réel dépend de la vulnérabilité du bâti, des règles de construction, de la densité assurée, toutes choses que le paramètre ignore. La troisième est le décalage de mesure : un indice publie une estimation qui se révise pendant des mois, et le seuil se juge sur une valeur qui n'est pas encore la valeur finale.

Seule la première de ces trois causes se corrige vraiment par le choix du déclencheur, et c'est une nuance importante. Passer d'un déclencheur paramétrique à un déclencheur sur pertes modélisées, ou d'un indice national à un indice régional, réduit l'écart géographique. Cela ne fait rien contre la vulnérabilité, qui dépend du portefeuille, ni contre la révision de l'estimation, qui dépend du fournisseur d'indice. Croire que le choix du déclencheur règle le risque de base revient à traiter une cause sur trois.

L'expérience de l'ouragan Irma, en 2017, a servi de leçon commune au marché. Plusieurs cat bonds paramétriques sur les Caraïbes ont bien été déclenchés par les paramètres de vent mesurés, et plusieurs sponsors ont pourtant constaté que leurs pertes réelles divergeaient sensiblement des indemnisations reçues, en raison de trajectoires inhabituelles et de disparités géographiques dans leur exposition. L'épisode a nourri un débat durable sur la conception des déclencheurs, et il a fait apparaître que l'écart se constate après coup alors qu'il se décide au moment de la rédaction.

D'où une méthode de travail qui n'a rien de sophistiqué et que l'on applique avant d'acheter. On reprend les évènements passés dont on a la sinistralité propre, on calcule ce que l'instrument envisagé aurait payé sur chacun, et on compare les deux séries. L'exercice ne prédit rien, et il n'a pas cette prétention : il montre l'amplitude des écarts sur ce que l'on a déjà vécu, ce qui est déjà beaucoup plus que l'intuition. Un instrument qui aurait payé zéro sur les deux pires évènements des dix dernières années dit quelque chose qu'aucun prix ne dit.

Reste que le risque de base n'est pas un défaut à supprimer mais un arbitrage à choisir, et c'est ainsi que les praticiens le traitent. Un déclencheur indemnitaire l'annule et coûte en délai, en confiance demandée à l'investisseur, donc en prix. Un déclencheur paramétrique paie en quelques jours, ce qui peut valoir davantage qu'une couverture exacte payée dix-huit mois plus tard quand la trésorerie décide de la survie. La bonne question n'est pas quel instrument supprime l'écart, mais quel écart on accepte pour quelle vitesse, et ce choix se fait une fois, par écrit, avant l'évènement.

Le cas travaillé

Un assureur envisage en 2027 de remplacer une couche indemnitaire de 60 millions d'euros par un cat bond paramétrique du même montant, moins cher de quinze pour cent et payable en dix jours. Il dispose de la sinistralité propre de ses douze dernières années et de la liste des paramètres qui auraient été relevés sur chacun des évènements de cette période. Sa direction demande si l'échange est bon. Que faut-il produire avant de répondre ?

L'analyse

La question ne se tranche pas sur l'écart de prix, et la matière pour la trancher est déjà là, ce qui est le point rare de ce dossier. Le travail à produire est la comparaison de deux séries sur les douze années disponibles : d'un côté ce que la couche indemnitaire aurait payé sur chaque évènement, de l'autre ce que le déclencheur paramétrique aurait payé sur le même évènement. Cette comparaison ne prédit rien et ne prétend pas le faire, mais elle donne l'amplitude et le SENS des écarts sur ce que la maison a réellement vécu. Trois lectures s'en tirent. Le nombre d'évènements où le paramétrique aurait payé zéro alors que la couche aurait payé quelque chose est le chiffre décisif, et il concerne le risque de base négatif, celui qui se découvre pendant un sinistre. Le nombre d'évènements où il aurait payé alors que la perte propre était faible mesure l'écart positif, qui est confortable mais qui posera des questions de transfert de risque effectif à la comptabilité. Et l'écart moyen en valeur dit ce que quinze pour cent d'économie achètent réellement. Deux réserves accompagnent ce travail et doivent être écrites à côté du résultat. Les douze années ne contiennent que douze réalisations du hasard, et l'évènement qui creuserait le plus l'écart est peut-être celui qui n'est pas dans la série. Et la correction des écarts par le choix du déclencheur ne porte que sur leur cause géographique : la vulnérabilité du bâti assuré et la révision des estimations resteront entières quel que soit l'instrument retenu.

Ce qu'il faut retenir
  • 01Le risque de base est l'écart entre ce qu'un déclencheur non indemnitaire paie et ce que l'on a réellement perdu.
  • 02L'écart positif est confortable et se signale de lui-même ; l'écart négatif est le problème structurel, et il se découvre pendant un sinistre.
  • 03Trois causes le creusent : la géographie, la vulnérabilité que le paramètre ignore, et la révision de l'estimation de l'indice.
  • 04Seule la cause géographique se corrige par le choix du déclencheur : croire qu'il règle tout revient à traiter une cause sur trois.
  • 05L'ouragan Irma de 2017 a montré l'écart sur des cat bonds paramétriques régulièrement déclenchés : il se constate après coup et se décide à la rédaction.
  • 06La méthode se fait avant d'acheter : recalculer ce que l'instrument aurait payé sur ses propres évènements passés, et lire l'amplitude des écarts.
Les notions de ce module