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Le filsamedi 5 septembre 20262 sources ouvertes

S&P et AM Best voient les conditions de réassurance se relâcher avec les prix

Le 4 septembre 2026, S&P Global Ratings publie sa vue sectorielle sur la réassurance mondiale, signée Johannes Bender : perspective stable, mais pression tarifaire maintenue jusqu'en 2027. Deux jours plus tôt, le 2 septembre, AM Best sortait son rapport de segment sur Lloyd's, consacré au pilotage de la rentabilité dans un marché qui s'assouplit, calé pour paraître avant le Rendez-Vous de Septembre à Monte-Carlo. Deux agences aux méthodes et aux périmètres différents posent le même diagnostic à quarante-huit heures d'intervalle. C'est la matière de la semaine, et ce sera la toile de fond de toutes les conversations de Monte-Carlo.

Les chiffres de S&P d'abord, parce qu'ils donnent l'ordre de grandeur. Le ratio combiné non actualisé du groupe de référence est attendu entre 92 et 95 % en 2026, puis entre 94 et 97 % en 2027 : l'assouplissement tarifaire coûte à lui seul deux à quatre points de ratio combiné sur la période, à sinistralité catastrophes conforme au budget. Le rendement des fonds propres passerait de 12 à 15 % en 2026 à 10 à 13 % en 2027. Le budget catastrophes 2026 du groupe de référence est d'environ 21,5 milliards de dollars, et S&P estime que la capitalisation du secteur encaisserait des pertes de marché supérieures à 300 milliards. Selon Swiss Re, les catastrophes naturelles assurées du premier semestre 2026 ont coûté environ 42 milliards de dollars, sous la moyenne décennale de 50 milliards.

AM Best travaille sur un champ plus étroit, mais plus concret. La réassurance pèse environ un tiers de la prime brute émise de Lloyd's, soit 20 milliards de livres de primes acceptées en 2025, après une croissance annuelle composée de 7 % entre 2021 et 2025. L'assouplissement, apparu en 2025, s'est accentué en 2026 : au premier semestre, la plupart des branches de réassurance affichent un recul des prix ajustés du risque, le plus marqué en dommages catastrophes, en particulier sur les risques exposés aux États-Unis. Et AM Best relève, en plus des prix, « une pression sur les termes et conditions ». Le capital continue pourtant d'arriver : nouveaux syndicats, capitaux tiers, et la plateforme London Bridge, avec environ 3 milliards de dollars déployés fin 2025.

Les deux agences rassurent avec le même argument, et il tient : la capitalisation. Pour le groupe de référence de S&P, la redondance de capital monte à 11 % fin 2025, contre 10 % un an plus tôt, le résultat net dépasse 50 milliards de dollars sur l'exercice 2025, et plus de 20 milliards ont été rendus aux actionnaires. Un secteur qui absorbe 300 milliards de sinistres sans passer sous son seuil de confiance de 99,99 % n'a rien de fragile. Les deux documents concluent en cohérence avec leurs propres chiffres : les marges se compriment, mais elles restent au-dessus du coût du capital.

Voici ce que ni l'un ni l'autre ne relie, et c'est le point qui compte. Cette résistance est étalonnée sur la catastrophe naturelle. Le seuil de 300 milliards, le budget de 21,5 milliards, la volatilité historique de Lloyd's citée par AM Best reposent tous sur des décennies d'expérience sinistre en dommages : ouragans, séismes, orages convectifs. Or S&P écrit dans le même document que les réassureurs resteront « l'ossature de la capacité des assureurs à transférer le risque cyber », faisant du marché de la réassurance « l'absorbeur principal du risque de cumul cyber ». L'agence chiffre aussi l'écart de protection, la part des pertes économiques que personne n'assure, à environ 60 % au premier semestre 2026, et cite le cyber, les énergies renouvelables et les centres de données parmi les lignes où il se creuse.

L'asymétrie est là, et elle a des effets concrets. Sur un traité dommages aussi, des conditions trop larges ont fait les dégâts à partir de 2017, le Fil du 29 septembre le rappelait. Mais l'événement y a une forme physique, une trajectoire, une emprise, une durée, et la clause horaire s'appuie dessus. Un traité cyber n'a rien de tel, et ce qui borne l'exposition, ce sont les termes et conditions bien plus que le prix : la définition de l'événement unique, la fenêtre horaire d'agrégation, le traitement d'une panne chez un fournisseur de cloud, la rédaction de l'exclusion de guerre. Ce sont exactement les clauses sur lesquelles les deux agences constatent une pression. Un point de taux perdu se voit dans les comptes du trimestre suivant. Une heure ajoutée à la fenêtre d'agrégation ne se voit nulle part jusqu'au jour où l'événement survient, et ce jour-là elle ne se renégocie plus.

Reste à savoir si cet assouplissement repose sur une confiance fondée ou sur l'absence de sanction. Le cyber n'a pas encore connu, à l'échelle du marché, l'équivalent d'une saison cyclonique : aucune panne chez un grand fournisseur n'a encore produit de perte de place. Avec les données publiées au 4 septembre, deux lectures se défendent. Soit les contrôles des assurés se sont réellement améliorés et la baisse est méritée, soit la discipline tarifaire se relâche sur le seul péril dont la queue de distribution n'a jamais été testée. Monte-Carlo tranchera peu de choses. C'est le renouvellement du 1er janvier 2027 qui dira laquelle des deux le marché aura retenue, et les souscripteurs qui annoncent déjà publiquement plus de discipline au 1er janvier que lors des cycles mous précédents laissent penser que la question divise le marché lui-même.

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