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Le filmardi 29 septembre 20262 sources ouvertes

Jefferies place en 2030 le plancher du marché de la réassurance, et voit ailleurs l'IA réduire la demande de quote-part

Le 28 septembre 2026, deux publications rendent compte, à neuf heures d'intervalle, de deux analyses de la banque d'investissement Jefferies sur la réassurance. Artemis, le matin, rapporte que ses analystes actions ne croient pas au ralentissement de la baisse des prix que les directions des réassureurs annoncent pour le 1er janvier 2027. Reinsurance News, l'après midi, rapporte une autre thèse de la même banque : les réassureurs sont perçus comme une valeur refuge face aux risques de mise en œuvre de l'intelligence artificielle, mais la demande qui les fait vivre pourrait, elle, se contracter.

Selon Artemis, Jefferies écrit que depuis dix huit mois chaque direction de réassureur a répondu aux investisseurs que les prix s'assouplissaient sans être mous, et que le rythme réel de la baisse a été « plus proche des craintes des investisseurs que de l'optimisme des directions ». La banque attend une accélération de la baisse en 2027 et un ralentissement à partir de 2028 seulement. Ensuite, écrit elle, le relâchement portera sur les termes et conditions, « qui se dégradent tard dans un cycle, quand les réassureurs ne peuvent plus se permettre de renoncer à du chiffre d'affaires », jusqu'à un plancher des prix et des termes en 2030. Artemis rappelle que dans les années 2010 ce sont les conditions étirées, plus que les prix, qui ont fait les dégâts quand les pertes catastrophiques ont remonté à partir de 2017.

Selon Reinsurance News, Jefferies donne deux raisons au statut de refuge : les données nécessaires pour souscrire un risque de réassurance ne sont pas facilement disponibles, donc l'IA ne remplace pas directement le réassureur ; et le marché est sophistiqué, avec peu de points de contact. Le risque est ailleurs. Les plus grands assureurs disposent des plus gros budgets d'IA et ont toutes les raisons de défendre leur position ; les parts de marché pourraient donc se concentrer sur un nombre réduit de grands acteurs. Or la quote-part s'achète quand le capital manque pour financer la croissance ou pour rééquilibrer un portefeuille, un besoin bien plus fort chez les petits assureurs en croissance rapide que chez les grands groupes diversifiés, qui recourent déjà moins à la réassurance externe.

Les deux comptes rendus sont, chacun à sa manière, rassurants pour le réassureur en tant qu'entreprise. Le premier lui reconnaît de quoi traverser la baisse, au premier rang desquels les réserves accumulées, qui peuvent être libérées progressivement, et il nomme une date de fin au cycle. Le second le protège du risque qui inquiète le reste de la chaîne, la substitution par l'IA, en rappelant que ni les données ni les acheteurs de réassurance ne se prêtent à une décision automatisée sur des achats aussi complexes et aussi sur mesure.

Ce que ni l'un ni l'autre ne met côte à côte, c'est que le plancher de 2030 repose sur une hypothèse de demande que la seconde thèse fragilise. Dans la première, les termes cèdent au moment où le réassureur ne peut plus renoncer à de la prime : c'est la pression sur le chiffre d'affaires qui déclenche la phase des conditions. Dans la seconde, la demande qui se contracte en premier est précisément la quote-part des petits assureurs en croissance, c'est à dire une prime proportionnelle, qui suit pas à pas le volume du portefeuille cédé. Si les deux mouvements se produisent ensemble, la phase des termes et conditions n'attend pas 2028 : elle arrive plus tôt, et d'abord sur les traités proportionnels, là où la concurrence pour une demande qui se réduit porte sur la commission de réassurance et sur le texte bien plus que sur le taux.

Pour un souscripteur de réassurance qui porte des traités en quote-part sur des portefeuilles cyber, la conséquence se prépare avant le renouvellement du 1er janvier 2027 : consigner dès maintenant, traité par traité, la rédaction actuelle de la définition d'événement, de la clause d'heures et de l'exclusion de guerre, puisque c'est sur ces lignes, et non sur le prix affiché, que la phase annoncée par Jefferies se lira. Dans un contrat cyber, l'exclusion de guerre et l'attribution d'une attaque à un État sont du risque politique ; un assouplissement consenti là pour garder une part de prime ne se voit dans aucun indice de prix. Pour un directeur de la réassurance d'un assureur de taille moyenne, la lecture est symétrique : la seconde note décrit sa demande comme celle que le marché a le plus de raisons de retenir.

On ne sait pas si les deux comptes rendus portent sur un même document de Jefferies ou sur deux notes distinctes, ni si la banque relie elle même les deux thèses. On ne sait pas non plus à quel horizon elle situe la concentration du marché primaire par l'IA : une consolidation qui prendrait dix ans ne toucherait pas un plancher fixé à 2030, une consolidation de trois ans le déplacerait. Deux lectures restent donc debout, celle des directions, qui attendent un ralentissement de la baisse dès janvier, et celle de Jefferies, qui attend son accélération. Les premiers comptes rendus des courtiers sur le renouvellement du 1er janvier 2027 trancheront entre elles, et diront si la commission de quote-part bouge avant le taux.

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