Quarante procureurs généraux veulent encadrer la vente des conversations d'enfants dans la faillite de Character.AI
Character.AI, l'éditeur de compagnons conversationnels dont les utilisateurs actifs passent en moyenne deux heures par jour à parler à des personnages générés, a déposé le bilan le 12 octobre au soir devant le tribunal des faillites du Delaware. La société veut régler par la procédure du chapitre 11 les enquêtes et les procès des États, concéder sa technologie et sa propriété intellectuelle à Disney pour 20 millions de dollars, et trouver un acheteur pour son activité de chatbot. Le 14 octobre, à la première audience devant le juge Brendan Shannon, à Wilmington, Abigail Ryan, avocate de quarante procureurs généraux, a demandé que tout acquéreur protège l'historique des conversations et renforce la sécurité du service, selon Insurance Journal du 15 octobre 2026.
Les États négocient une transaction sur deux griefs : des chatbots qui se faisaient passer pour des professionnels de santé diplômés, et des enfants exposés à des échanges sexualisés et violents. Des familles poursuivent aussi la société, qui aurait donné des conseils dangereux et contribué au suicide de deux enfants ; cinq accords préliminaires sont signés. Le gouvernement fédéral, le Royaume-Uni, l'Italie, la Russie et l'Australie enquêtent. Letitia James, procureure générale de New York, résume la crainte : les pensées les plus intimes que des enfants aient jamais confiées pourraient être vendues au plus offrant. Erin Fay, avocate de la société, répond que Disney ne veut pas de ces données et qu'aucun acheteur ne s'est encore présenté pour elles.
Pour qui souscrit, le dossier se lit d'abord par ce qu'il ne contient pas. Aucun pirate, aucune fuite, aucun rançongiciel. La garantie de responsabilité sécurité des réseaux et vie privée d'une police cyber répond à une défaillance de sécurité ou à une atteinte aux données, et sa garantie des procédures réglementaires suit d'ordinaire un manquement de cet ordre. Les griefs des États portent sur ce que le produit a dit à ses utilisateurs. Un chatbot qui se présente comme médecin relève de la tech E&O ou de la responsabilité du fait des produits, selon la rédaction des contrats, et parfois d'aucun d'eux.
La donnée entre en scène au moment de la vente, et c'est là que le dossier devient politique. Dans la souscription d'une entreprise riche en données, la question habituelle est de savoir qui peut les voler. Ici, quarante autorités élues demandent à un juge fédéral de dire qui peut les acheter, et à quelles conditions. Sans rien confisquer, l'État conditionne la cession, et ces conditions fixent la valeur de l'actif. Un acquéreur qui reprend les conversations sous des engagements ordonnés par le tribunal porte, dès le premier jour, des obligations dont la violation serait une atteinte à la vie privée au sens de sa propre police cyber.
Le vendeur, lui, est assuré en base réclamation, comme presque tout le marché de la responsabilité technologique. Une société cédée par morceaux cesse de renouveler ses contrats, et une réclamation présentée après leur expiration ne trouve de garantie que si une garantie subséquente a été achetée. Les plaintes des familles et des États sont déjà déclarées. Celles qui viendraient plus tard, d'un nouvel utilisateur ou d'un usage des conversations après leur transfert, tomberont dans la période que la masse de la faillite aura choisi, ou non, de couvrir. La société attribue sa faillite aux frais de justice et au prix du calcul et des ingénieurs : l'achat d'une garantie subséquente se décidera sous ce budget.
Le même jour, John Doyle, président de Marsh, se disait particulièrement préoccupé par l'exposition cyber accrue que l'IA apporte, selon Reinsurance News du 15 octobre 2026. Le marché pense surtout l'IA comme un outil d'attaque et un multiplicateur de cumuls. Character.AI en montre l'autre face, chez un éditeur grand public : le contenu que le modèle produit et la mémoire que la société garde. Position de l'observatoire, datée du 19 octobre 2026 : les conversations ne seront pas cédées sans conditions fixées par le tribunal, et le premier dossier d'IA conversationnelle à coût assuré significatif se jouera sur la responsabilité du produit et la conservation des données, l'intrusion y tenant peu de place. À relire à l'approbation de la vente à Disney et au plan de cession.
Plusieurs choses restent ouvertes. On ignore les polices que portait Character.AI, leurs plafonds et leur date d'échéance, le montant de la transaction en négociation avec les États, et le sort des conversations : destruction, conservation sous contrôle du juge ou cession à un acheteur. On ignore aussi comment les autorités étrangères, britannique et italienne en tête, traiteront une cession décidée par un tribunal américain. La vente à Disney doit être approuvée par le juge et reste ouverte à des offres plus élevées : la première offre sur l'activité de chatbot dira quel prix le marché accorde à des données qu'un régulateur surveille.