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Le filmardi 20 octobre 20262 sources ouvertes

Les émeutes en France pourraient coûter jusqu'à 1,2 milliard d'euros aux assureurs

Les émeutes qui ont suivi les manifestations du 17 octobre coûteront aux assureurs au plus 1 à 1,2 milliard d'euros, si les violences s'arrêtent là. L'estimation est de Morningstar DBRS, rapportée par Reinsurance News le 19 octobre 2026. Le mouvement est parti en septembre des lycéens, qui protestaient contre le manque de professeurs et l'état des établissements, puis s'est élargi au prix des carburants, au coût de la vie et aux services publics. Le 17, des centaines de milliers de personnes ont défilé, pour l'essentiel dans le calme ; des groupes plus restreints ont pillé, incendié et dégradé, jusqu'à des bâtiments publics à Paris, Marseille et Limoges. Au 19 octobre, les autorités comptent environ 2 400 interpellations et au moins 3 000 commerces endommagés ou pillés. Alexandre Bompard, pour la fédération du commerce, chiffre la facture des enseignes à plusieurs centaines de millions d'euros. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, demande des couvre-feux locaux, et Emmanuel Macron une revue des défaillances de sécurité.

Marcos Alvarez, qui dirige l'assurance chez Morningstar DBRS, y voit un coup porté aux résultats des grands assureurs du pays, sans atteinte à leurs fonds propres, « en particulier après les recouvrements de réassurance et les recours possibles contre l'État français ». Les émeutes de 2023 avaient coûté environ 730 millions d'euros assurés. Le dispositif public voté depuis, qui rendrait la garantie émeutes obligatoire et permettrait d'en céder une large part à la Caisse centrale de réassurance, est approuvé mais pas en service : il ne protège pas les assureurs cette fois. Alvarez ajoute que l'émeute se comporte de plus en plus comme une catastrophe naturelle, parce que les sinistres tombent au même moment dans plusieurs villes.

Toute sa phrase repose sur deux incises, et la première est la plus fragile. Un traité en excédent de sinistre par événement ne paie qu'au-delà d'une priorité, événement par événement, et c'est la clause horaire qui dit où un événement s'arrête. Pour l'émeute, les rédactions de place l'enferment d'ordinaire dans soixante-douze heures consécutives et dans les limites d'une même ville. La simultanéité qu'Alvarez décrit, celle qui rapproche l'émeute de la catastrophe naturelle, le traité la défait. Paris, Marseille et Limoges font au moins trois événements, chacun face à sa propre priorité, et un mouvement commencé en septembre déborde de toute fenêtre de trois jours.

La grêle de la fin août donne la mesure de l'écart. PERILS, qui agrège les données de sinistres des assureurs, chiffre la tempête Raphaela à 3 296 millions d'euros, selon Artemis le 19 octobre 2026 : une seule perte, du 26 au 28 août, de l'ouest de la France à la Lombardie en passant par la Suisse et le sud de l'Allemagne. La météo ne connaît pas de limites communales, et le traité la suit. La tempête coûte trois fois plus, sur quatre pays, mais c'est la clause horaire plus que le montant qui sépare les deux pertes : découpée en villes, l'émeute peut rester sous toutes les priorités que la tempête, d'un seul tenant, franchit. Deux formes de traité échappent au découpage. La quote-part prend sa part de chaque sinistre, quel que soit l'événement ; l'excédent de pertes annuelles additionne les sinistres de l'exercice au lieu de les compter un à un. C'est d'abord par elles que passeront les recouvrements dont parle Alvarez. Reinsurance News relève que la garantie des grèves, émeutes et mouvements populaires reste un point de friction avant le renouvellement, dans un marché qui mollit et où les cédantes réclament des conditions plus larges. Une cédante qui obtiendrait une définition nationale de l'événement d'émeute gagnerait exactement ce que la clause horaire lui refuse aujourd'hui.

La seconde incise renvoie à l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure, qui rend l'État civilement responsable des dommages causés par les crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés. L'assureur qui a indemnisé un commerçant se retourne contre l'État par subrogation. Le juge administratif écarte pourtant de ce régime les actions préméditées de petits groupes organisés, détachées du rassemblement. Le récit de la journée du 17 décrit cette scène-là : un cortège massif et calme, et des groupes restreints qui pillent en marge. Chaque recours se plaidera donc vitrine par vitrine, sur le lien entre le pillage et la manifestation, et le recouvrement arrivera, s'il arrive, bien après la clôture des comptes de 2026. L'État tient d'ailleurs trois rôles dans ce dossier : sa politique a nourri le mouvement, la loi le rend comptable des dégâts de l'attroupement, et il deviendra, par la Caisse centrale de réassurance, le réassureur de l'émeute. Un souscripteur de risque politique connaît cette configuration dans les pays où l'État produit le risque et en reste l'assureur de dernier ressort. Elle s'installe ici dans un marché de dommages domestique.

Position de l'observatoire, datée du 20 octobre 2026 : l'estimation brute de DBRS tiendra si les violences cessent, mais la part reprise par les réassureurs sera plus faible que ne le laisse entendre la formule « après les recouvrements de réassurance », parce que les traités non proportionnels par événement compteront l'épisode ville par ville ; seules les quotes-parts et les protections annuelles le prendront d'un bloc. Le recours contre l'État n'allègera pas les comptes de 2026. À relire aux résultats annuels des assureurs français, quand ils donneront le coût net des émeutes, et au renouvellement du 1er janvier, sur la définition de l'événement d'émeute retenue dans les traités.

On ignore encore si les violences sont terminées, et l'estimation ne vaut qu'à cette condition. On ignore la part des 3 000 commerces assurée en multirisque avec la garantie émeutes, et la répartition des dommages entre Paris, Marseille, Limoges et les autres villes, qui commandera le jeu des priorités. Les bâtiments de l'État, qui est son propre assureur, n'entrent pas dans le chiffre du marché et ne se compteront qu'au budget ; ceux des communes, assurés sur le marché, y entrent. Reste la date d'entrée en service du dispositif confié à la Caisse centrale de réassurance, et la manière dont il définira un événement d'émeute, la question que les traités privés tranchent aujourd'hui commune par commune.

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