Ancrage sur la prime expirante
Tendance à tarifer un renouvellement comme une variation du prix de l'an passé plutôt qu'à partir du coût du risque, ce qui reconduit les erreurs passées.
Au renouvellement, la négociation porte presque toujours sur une variation : plus cinq, moins trois pour cent par rapport à la prime expirante. Ce cadre installe un ancrage au sens où Amos Tversky et Daniel Kahneman l'ont décrit en 1974 : un chiffre initial, même arbitraire, tire vers lui l'estimation finale. Si la prime expirante était insuffisante, une hausse jugée courageuse peut laisser le risque sous son coût pendant des années, et le souscripteur qui rapporte une hausse moyenne de huit pour cent peut ainsi écrire un portefeuille toujours déficitaire. Le remède consiste à calculer d'abord le prix technique sans regarder l'expirant, puis à mesurer l'écart, ce que les indicateurs d'adéquation tarifaire rendent visible. Le Lloyd's a fait de cet écart un objet de contrôle quand il a exigé en 2018 des plans de redressement pour les segments les moins rentables de ses syndicats.
Dans l'expérience de Tversky et Kahneman publiée en 1974 dans Science, une roue truquée s'arrêtait sur 10 ou sur 65 avant qu'on demande aux participants la part des pays africains à l'ONU. Les estimations médianes furent de 25 % pour les premiers et de 45 % pour les seconds : un nombre sans rapport avec la question avait déplacé la réponse de vingt points.
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