Destruction du barrage de Kakhovka (2023)
Le 6 juin 2023, le barrage de Kakhovka cède sur le Dniepr et sa centrale de 351 MW est détruite. Pour le marché, un cas d'école d'inondation absorbée en entier par l'exclusion de guerre.
Nuit du 5 au 6 juin 2023, oblast de Kherson : le barrage de Kakhovka, sur le Dniepr, cède et la centrale hydroélectrique de 351 MW qu'il portait est détruite. Les forces russes tenaient l'ouvrage depuis les premiers jours de l'invasion, fin février 2022. Le réservoir se vide vers l'aval, des dizaines de localités sont inondées sur les deux rives, et la retenue qui servait l'irrigation du sud et la prise d'eau de la centrale nucléaire de Zaporijjia baisse en quelques jours. Kiev et ses alliés accusent la Russie d'avoir fait sauter le barrage ; Moscou nie et accuse l'Ukraine. Aucune juridiction n'a tranché à ce jour. En octobre 2023, l'évaluation conjointe du gouvernement ukrainien et des Nations unies chiffre l'événement à 13,79 milliards de dollars, dont 2,79 milliards de dommages directs, le reste en pertes, l'environnement en tête. Pour un souscripteur, le cas se lit dans une phrase de police. L'exclusion de guerre des contrats dommages (la NMA 464 et ses descendantes) écarte la perte directement ou indirectement occasionnée par la guerre, déclarée ou non, et par les opérations de guerre. L'inondation n'y change rien : elle est l'effet, la guerre la cause dominante. Et la question de l'auteur, qui fait tout le débat en cyber avec l'attribution à un État, pèse peu ici : que la charge vienne d'un camp ou de l'autre, l'ouvrage était sur une ligne de front. Le débat porterait plutôt sur la preuve de l'enchaînement, qui incombe à l'assureur qui invoque l'exclusion. Ce qui reste couvrable passe par une police violence politique autonome avec garantie guerre, que les riverains de l'aval achètent rarement, et par les dispositifs publics de reconstruction. Côté énergie, le cas sert surtout au calcul de cumul : un barrage en zone de conflit expose d'un seul coup l'ouvrage, les assurés de l'aval et les industriels qui vivaient de son eau.
Cas d'école chiffré. Une usine en aval d'un barrage situé en zone de conflit est assurée en dommages pour 80 M€, inondation comprise, avec l'exclusion de guerre usuelle. Le barrage est détruit lors d'opérations militaires : 12 M€ de dommages matériels et 5 M€ de perte d'exploitation. La police dommages ne paie rien, la cause étant la guerre. L'exploitant avait aussi une police violence politique avec garantie guerre, limite 10 M€, franchise 0,5 M€, sans perte d'exploitation : 12 - 0,5 = 11,5 M€, ramenés à la limite, soit 10 M€. Il garde 17 - 10 = 7 M€.
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