Incendie du Musée national du Brésil (2018)
Le soir du 2 septembre 2018, le palais de São Cristóvão brûle à Rio avec la plus grande part de quelque 20 millions de pièces, sans assurance incendie et après des années de budget d'entretien rogné.
Le soir du 2 septembre 2018, le Musée national du Brésil brûle dans le palais de São Cristóvão, au parc de la Quinta da Boa Vista à Rio de Janeiro. L'institution venait d'avoir deux cents ans. Elle gardait environ 20 millions de pièces, herbiers, fossiles, collections ethnographiques, momies, bibliothèque, et la plus grande part part en fumée en une nuit. La police fédérale attribuera ensuite le départ de feu à un climatiseur de l'auditorium. Aucune police incendie ne couvrait le bâtiment ni les collections, et le budget d'entretien versé par l'université de tutelle avait été coupé année après année : pas de système d'extinction automatique digne de ce nom, des pompiers qui ont manqué d'eau aux premières heures. Dans les décombres, on a retrouvé en fragments le crâne de « Luzia », l'un des plus anciens restes humains des Amériques. Pour le souscripteur, le dossier pose deux questions qui reviennent sur tout risque patrimonial. La première est la valeur : un spécimen type d'herbier ou une langue indigène enregistrée sur cylindre n'ont pas de prix de marché, donc ni valeur agréée crédible ni valeur de remplacement, et un capital fixé sur ces objets serait arbitraire. La seconde est la protection : sans détection, compartimentage et réserve d'eau, aucun assureur n'aurait souscrit le bâtiment au taux qu'une université sous contrainte budgétaire pouvait payer. Les pièces prêtées par d'autres institutions, elles, restent en général couvertes de clou à clou par la police du prêteur ou de l'emprunteur. À ne pas confondre avec l'auto-assurance de l'État, où la puissance publique choisit de porter le risque sur son budget et rebâtit, comme pour Notre-Dame : à Rio, l'absence de garantie tenait d'abord au manque de moyens.
Cas d'école : un musée public sans assurance accueille une exposition temporaire de 40 pièces prêtées, couvertes de clou à clou en valeur agréée pour 12 millions d'euros au total, à côté de ses propres collections, non assurées. Un incendie détruit tout. L'assureur des pièces prêtées verse 12 millions aux prêteurs, déduction faite d'une franchise de 50 000 euros, soit 11,95 millions. Les collections propres ne reçoivent rien : leur reconstitution, quand elle est possible, dépend du budget public et des dons.
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