Voile d'ignorance
Ignorance partagée du futur sur laquelle repose la mutualisation, et que la donnée comportementale tend à lever.
John Rawls a forgé l'expression en 1971, dans Théorie de la justice, pour des citoyens qui choisiraient les règles sans savoir quelle place ils occuperont. En assurance, le voile d'ignorance désigne le fait que nul ne sait à l'avance qui, dans un groupe, subira le sinistre. C'est ce qui justifie que les chanceux paient pour les malchanceux, chacun comptant sur la même solidarité en retour. Cette ignorance partagée fonde la mutualisation : elle rend la solidarité à la fois acceptable et nécessaire. La donnée comportementale et la puissance prédictive de l'intelligence artificielle lèvent précisément ce voile. Elles révèlent le risque de chaque individu, et l'espace de mutualisation se réduit d'autant. Avec une prédiction parfaite, à la limite, l'assurance se dissoudrait en un compte d'épargne personnalisé, vidé de toute solidarité. Préserver une part d'ignorance est le prix de la protection collective.
Tant que l'assureur ignore qui aura un accident, les bons et les mauvais conducteurs cotisent ensemble ; une tarification parfaitement individualisée lèverait ce voile et ferait disparaître la solidarité entre eux.
voile d'ignorance assurantiel
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