Défaillances d'entreprises au record : l'assureur-crédit resserre la garantie des fournisseurs
Coface a publié le 2 novembre au soir ses comptes des neuf premiers mois de 2026. Le résultat net recule de 11,8 %, à 155,5 millions d'euros contre 176,3 millions un an plus tôt, dont 47,7 millions au troisième trimestre. Le chiffre d'affaires gagne 1,9 %, à 1,413 milliard, mais le revenu d'assurance ne monte que de 0,6 %, à 1,136 milliard ; la hausse vient surtout des services, qui gagnent 7,6 %, à 277,7 millions, selon le communiqué de Coface. Le ratio combiné après réassurance passe à 72,4 %, un demi-point de plus. Les frais en sont la cause : le ratio de coûts prend 2,4 points, à 34,7 %, quand le ratio de sinistres en perd 1,9, à 37,7 %. Xavier Durand, le directeur général, décrit des défaillances d'entreprises restées au plus haut historique, et donc des sinistres plus lourds pour l'assurance-crédit. Les emprunteurs les plus fragiles, entreprises comme États, sont pris par la hausse des taux, et il attend que les défaillances continuent de monter. Coface a donc, dit-il, nettement accru le nombre de ses mesures de prévention.
Des sinistres plus lourds, dit Xavier Durand, et un ratio de sinistres qui baisse : Coface n'explique pas l'écart, mais l'assureur-crédit a un instrument pour le tenir, la limite de crédit. Dans une police globale, l'assureur ne garantit pas toutes les créances du fournisseur. Il agrée, acheteur par acheteur, un montant maximal, qu'il peut réduire ou annuler à tout moment. La réduction ne vaut que pour les livraisons postérieures à sa notification. Les factures déjà émises restent couvertes, la livraison de la semaine suivante ne l'est plus. Dans le métier, une mesure de prévention est d'abord cela, une limite réduite ou retirée sur un acheteur dont la situation se dégrade. Coface ne dit ni combien de limites elle a touchées, ni sur quels secteurs.
Pour le fournisseur assuré, le risque change de bilan. Quand la limite tombe, il livre sans garantie, exige un paiement comptant ou renonce à la vente. Le défaut que l'assureur évite en amont reste chez lui, ou chez son client, qui perd du crédit au moment où il en manque le plus. C'est le mouvement que l'État français avait corrigé en 2008, puis en 2020, avec CAP et CAP+, des compléments publics qui rétablissaient contre prime une partie des limites retirées. Deux clauses de la police pèsent alors plus que son taux. La limite discrétionnaire, que l'assuré fixe lui-même sur ses petites créances selon des critères convenus, échappe à l'agrément au cas par cas. La déclaration de menace de sinistre, faite dans le délai de la police, gèle en pratique la garantie des livraisons suivantes sur l'acheteur qui ne paie pas.
Le mot de Xavier Durand sur les États ouvre l'autre volet du contrat. Il cite les déficits publics et les taux, qui mettent sous pression les emprunteurs souverains. Pour l'exportateur, un pays fragile pose deux risques que la police d'assurance-crédit à l'exportation sépare. L'insolvabilité de l'acheteur relève du risque commercial. Le fait de l'État en relève d'un autre : l'acheteur paie en monnaie locale, et la banque centrale ne laisse pas sortir les devises. C'est le non-transfert, un risque politique, souvent garanti à d'autres conditions et sous d'autres limites. Un acheteur qui ne paie pas pendant une crise des changes ne paie pas toujours à cause d'elle, et le dossier de sinistre doit établir la cause. Les assureurs-crédit tiennent aussi des limites par pays, qui se resserrent comme celles par acheteur quand un État glisse.
Notre lecture, datée du 4 novembre 2026. Coface finira l'année 2026 avec un ratio de sinistres net sous 40 %, défaillances au record comprises, et l'effort portera sur les limites plus que sur le prix. La production nouvelle au record du troisième trimestre, que cite Xavier Durand, montre que la demande de garantie monte avec le risque. Le risque que nous suivons est celui des fournisseurs : une vague de réductions sur un secteur entier ferait passer le coût du cycle de l'assureur à ses assurés, sans aucun sinistre déclaré. Nous relirons cette lecture aux comptes annuels de Coface, au début de 2027.
Ce qu'on ne sait pas encore. Combien de limites Coface a réduites ou retirées depuis l'été, sur quels secteurs et dans quels pays. Quelle part de la baisse de 1,9 point du ratio de sinistres vient de l'exercice en cours, et quelle part de reprises sur les provisions des années passées. Si les autres assureurs-crédit, qui publient leurs comptes dans les mêmes semaines, décrivent le même mouvement. Si leurs réassureurs, dont une grande part des traités se renouvelle au 1er janvier, demanderont plus de rétention après une année de défaillances record. Et si un État européen rouvrira un complément public du type CAP, ce qui ne se décide en général qu'une fois le retrait des limites visible dans le crédit entre entreprises.
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- Coface, communiqué du 2 novembre 2026 : un résultat net de 155,5 millions d'euros, dont 47,7 millions au troisième trimestre
- Reinsurance News, 3 novembre 2026 : le chiffre d'affaires de Coface à fin septembre progresse de 1,9 %, à 1,413 milliard d'euros
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