Estimation centrale actuarielle
Espérance des sinistres restant à payer sur la fourchette des issues raisonnablement possibles, au sens de la norme américaine ASOP 43. Point de départ des marges, elle ne contient elle-même aucune prudence.
L'Actuarial Standards Board américain définit dans l'ASOP 43, « Property/Casualty Unpaid Claim Estimates », l'actuarial central estimate comme une estimation qui représente une espérance sur la fourchette des issues raisonnablement possibles. Le mot qui compte est raisonnablement : la norme précise que cette fourchette peut laisser de côté des événements extrêmes concevables dont la contribution à l'espérance ne s'estime pas de façon fiable. Une estimation centrale peut donc rester en dessous de la vraie moyenne d'une loi à queue lourde. L'actuaire la construit à partir de plusieurs méthodes, chain ladder, Bornhuetter-Ferguson, fréquence et coût moyen, puis retient une valeur par exercice, et ce choix pondéré relève du jugement documenté plus que d'un calcul. L'Australie a bâti dessus un régime plus exigeant. Depuis la réforme qui a suivi la chute de HIH en mars 2001, l'APRA demande de provisionner l'estimation centrale plus une marge de risque visant 75 % de probabilité de suffisance. Le tout ne descend pas sous un plancher souvent décrit comme une demi-fois l'écart-type au-dessus de la centrale. Solvabilité II part d'une logique voisine : la meilleure estimation de l'article 77 de la directive de 2009 est aussi une moyenne pondérée par les probabilités. Mais elle actualise les flux à la courbe sans risque, inclut les frais et place à part la marge pour risque, calculée en coût du capital. Les comptes sociaux français suivent une autre règle : la provision pour sinistres à payer est la valeur estimative des dépenses nécessaires au règlement des sinistres survenus, non actualisée hors rentes. Le principe de prudence y pousse vers le haut de la fourchette. Trois chiffres pour le même portefeuille, donc, et une comparaison qui n'a de sens qu'en nommant le référentiel. À ne pas confondre avec la marge pour risque, qui s'ajoute à l'estimation centrale, ni avec l'avis actuariel sur les provisions, qui la commente.
Exemple construit : estimation centrale de 100 M EUR, coefficient de variation de 15 %, loi supposée normale. Le 75e centile vaut 100 + 0,674 × 15 = 110,1 M EUR ; le plancher d'une demi-fois l'écart-type donne 107,5 M EUR. Le régime australien retient le plus élevé, soit 10,1 M EUR de marge. La même centrale actualisée à 2,5 % sur une durée de trois ans tombe à 100 / 1,0769 = 92,86 M EUR, avant la marge pour risque de Solvabilité II.
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