Test de résistance climatique de la BCE (2022)
Premier test de résistance climatique de la BCE sur les banques qu'elle supervise, publié le 8 juillet 2022 : 104 banques, un stress test ascendant pour 41 d'entre elles, environ 70 milliards d'euros de pertes de crédit et de marché, chiffre que la BCE jugeait elle-même sous-estimé.
Le premier test de résistance climatique de la BCE sur les banques qu'elle supervise directement a rendu ses résultats le 8 juillet 2022. 104 banques importantes y ont participé, en trois modules. Le premier, un questionnaire, notait la capacité de chaque banque à mener ses propres stress tests climatiques. Le deuxième comparait les banques entre elles sur des indicateurs, dont la part des revenus tirés des secteurs émetteurs et les émissions financées. Le troisième, un stress test ascendant (bottom-up) où la banque calcule elle-même ses pertes sur des scénarios imposés, ne concernait que 41 établissements. Les scénarios mêlaient trois horizons : un an pour deux chocs physiques, sécheresse et chaleur d'un côté, inondation de l'autre ; trois ans pour une transition désordonnée avec une flambée du prix du carbone ; trente ans pour des trajectoires de transition de long terme. Le chiffre repris partout : environ 70 milliards d'euros de pertes de crédit et de marché cumulées pour les 41 banques, sur le choc de transition à court terme et les deux scénarios physiques. La BCE a dit elle-même qu'il sous-estimait le risque. Ses scénarios ne supposaient aucune récession, les données et les modèles des banques étaient lacunaires, et les expositions étudiées ne couvraient qu'environ un tiers du total. Le module comparatif en disait plus. Près des deux tiers des revenus tirés des entreprises non financières venaient d'industries fortement émettrices de gaz à effet de serre, et environ 60 % des banques n'intégraient pas encore le risque climatique à leur cadre de stress test. L'exercice était présenté comme un exercice d'apprentissage, sans conséquence directe sur le capital ; ses résultats n'entraient dans le SREP que de façon qualitative. Pour un souscripteur ou un gérant d'actifs d'assureur, son intérêt est ailleurs : il a fixé une grammaire, horizons courts et longs, physique et transition séparés, que l'exercice Fit-for-55 et les scénarios de court terme du NGFS ont reprise.
Cas d'école : une banque détient 4 000 millions d'euros de prêts à des entreprises de secteurs carbonés. Le scénario de transition désordonnée fait passer leur probabilité de défaut à un an de 1,0 % à 2,5 %, avec une perte en cas de défaut de 45 %. La perte attendue passe de 4 000 × 1,0 % × 45 % = 18 millions à 4 000 × 2,5 % × 45 % = 45 millions, soit 27 millions de plus par an. Sur les trois ans du scénario, à paramètres constants, le surcroît atteint 3 × 27 = 81 millions. Rapporté à des fonds propres de base de catégorie 1 de 1 500 millions, il pèse 81 / 1 500 = 5,4 %. Le chiffre ne dit rien du reste du bilan : si ces prêts ne représentent qu'un tiers des expositions, comme dans l'exercice de la BCE, la perte totale est mal mesurée.
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