Crise russe de 1998
Défaut de la Russie sur ses titres d'État en roubles en août 1998, accompagné d'un moratoire de 90 jours sur les paiements privés vers l'étranger, de l'effondrement du rouble et de la chute du fonds LTCM.
Le 17 août 1998, le gouvernement Kirienko et la Banque centrale de Russie publient une déclaration commune. Le couloir du rouble est élargi jusqu'à 9,5 roubles pour un dollar, contre 6,3 environ la veille. Les GKO et OFZ, titres d'État en roubles échéant avant la fin de 1999, seront restructurés, ce qui veut dire qu'ils ne seront pas payés. Et pendant 90 jours, les résidents russes ne peuvent plus régler à des non-résidents le principal de leurs crédits financiers, les appels de marge sur les prêts garantis par des titres ni les contrats de change à terme. Le 2 septembre, le rouble flotte ; il finit l'année au-delà de 20 pour un dollar. Les investisseurs étrangers avaient acheté des GKO à des rendements de 50 % et plus, en couvrant la baisse du rouble par des ventes à terme conclues avec des banques russes. Le moratoire a suspendu ces couvertures le jour où elles devaient payer, et plusieurs grandes banques de Moscou, Inkombank et Menatep entre autres, ont ensuite perdu leur licence. La secousse a traversé l'Atlantique. LTCM, fonds de Greenwich très endetté, voit ses paris de convergence s'écarter dans la fuite vers la qualité, et la Fed de New York réunit les créanciers, et quatorze banques et maisons de titres s'accordent le 23 septembre pour y mettre 3,6 milliards de dollars. La Fédération, elle, a continué de servir ses euro-obligations tout en cessant de payer la dette héritée de l'URSS : un défaut choisi, souche par souche. Pour un souscripteur, 1998 reste le cas d'école de la corrélation défavorable. La couverture de change, la créance sur la banque locale et le risque souverain étaient un seul risque, qui s'est réalisé d'un bloc. Et un moratoire d'État sur les paiements privés vers l'étranger relève du non-transfert même quand le débiteur est solvable, à condition que la police le range parmi les risques politiques.
Cas d'école : en juillet 1998, un fonds détient 600 millions de roubles de GKO et vend à terme ces 600 millions à une banque moscovite, livrables en octobre au cours de 6,30, pour s'assurer 95,2 millions de dollars. En octobre, le rouble vaut 16. Ses roubles ne valent plus que 37,5 millions de dollars, et la banque lui doit la différence, 57,7 millions. Elle invoque le moratoire du 17 août et ne paie pas ; au printemps suivant, elle n'a plus de licence. Les GKO, eux, sont gelés dans la restructuration. La couverture et le risque couvert ont fait défaut ensemble, pour la même raison et dans le même mois.
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