Événements absents des données (ENID)
Chargement ajouté à la meilleure estimation de Solvabilité II pour couvrir les issues que l'historique des sinistres ne contient pas, poste explicite des consignes de provisions techniques du Lloyd's.
L'article 77 de la directive Solvabilité II définit la meilleure estimation comme la moyenne pondérée par leur probabilité des flux de trésorerie futurs. Toutes les issues, donc, et pas seulement celles qu'on a déjà vues. Un triangle de vingt ans de responsabilité civile ne contient pas une jurisprudence qui étend rétroactivement la garantie. Ni une maladie à longue latence pas encore déclarée, ni le sinistre qui arrive une fois par siècle. Une projection chain ladder ou Bornhuetter-Ferguson calibrée sur ces données donne une moyenne de ce qui s'est produit, ce qui n'est pas la même chose qu'une moyenne de ce qui peut se produire. Le marché de Londres a nommé l'écart : events not in data, ou binary events dans les premiers textes. Le Lloyd's lui consacre une section de ses consignes de provisions techniques, qui veulent tout chargement ENID explicite. Trois façons de le chiffrer circulent. Un pourcentage de la meilleure estimation, rapide et discuté. Une liste de scénarios avec fréquence et coût, plus lourde, qui oblige à écrire ce qu'on craint. Ou l'ajustement d'une loi dont on lit la part située au-delà de ce que les données ont pu observer. Le chargement sort souvent faible en proportion des réserves, et c'est là que la discussion commence. Faible ne veut pas dire négligeable sur une branche longue, et un chiffre repris d'année en année sans scénario derrière ne prouve rien à un auditeur. Il couvre l'espérance, et pas la queue au sens du capital. À ne pas confondre avec la marge pour risque, qui rémunère le capital immobilisé, ni avec le facteur de queue, qui prolonge des cadences observées.
Exemple construit : une branche de responsabilité civile a une meilleure estimation de 120 millions d'euros hors ENID. L'actuaire retient deux scénarios. Un revirement de jurisprudence, probabilité 2 % sur la durée de liquidation, surcoût 40 millions : 0,8 million. Un sinistre sériel absent de l'historique, probabilité 0,5 %, coût 300 millions : 1,5 million. Chargement ENID : 0,8 + 1,5 = 2,3 millions d'euros, soit 1,9 % de la meilleure estimation, chaque scénario écrit avec sa source et revu à l'arrêté suivant.
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