Fraude documentaire par retouche
Falsification ou fabrication des pièces d'un sinistre, factures, photos ou certificats, avec des outils de retouche ou d'IA générative, que l'on démasque par les métadonnées, la recherche inversée et la vérification à la source.
En mai 2019, une vidéo de Nancy Pelosi, alors présidente de la Chambre des représentants, circule ralentie pour lui prêter une élocution pâteuse : aucune intelligence artificielle n'a servi, un logiciel de montage a suffi, et la presse emploie le mot shallowfake pour désigner ce trucage bon marché, par opposition au deepfake. En assurance, la fraude documentaire par retouche désigne la falsification ou la fabrication des pièces qui appuient une déclaration. Facture dont on change le montant ou la date, photo de dommage reprise d'un autre sinistre ou d'internet, certificat médical ou arrêt de travail modifié, devis de garage gonflé, relevé bancaire recomposé. Les logiciels de retouche grand public suffisaient déjà ; l'IA générative a fait tomber le coût, puisqu'on obtient désormais en quelques secondes l'image d'un pare-chocs enfoncé ou une facture d'électroménager à l'en-tête d'une enseigne, sans savoir-faire. Le deepfake, lui, vise la vidéo et la voix synthétiques qui usurpent une personne, et l'identité synthétique fabrique un client entier. Ici, la personne et souvent le sinistre sont réels, seule la pièce ment. Les parades se rangent par coût. Les métadonnées EXIF d'une photo (date, appareil, géolocalisation) trahissent une image prise avant le sinistre ou téléchargée, mais elles s'effacent ou se modifient sans effort. La recherche d'image inversée retrouve une photo déjà publiée en ligne. L'analyse forensique cherche les traces de recompression, les ombres incohérentes, la police de caractères qui change au milieu d'une ligne. Des assureurs exigent aussi que les photos soient prises dans leur application, horodatées et géolocalisées au moment du constat, et la norme C2PA propose d'attacher aux fichiers une provenance signée. La parade la plus sûre reste la plus ancienne : vérifier à la source, en appelant le magasin, le garage ou l'hôpital censé avoir émis le document.
Cas type : après un vol de vélo, un assuré produit une facture de 2 400 euros à l'en-tête et à la mise en page impeccables. Le vendeur, appelé par le gestionnaire, retrouve la vente : un vélo à 1 240 euros, dont deux chiffres ont été intervertis.
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