Fraude organisée
Fraude dite « hard », où des groupes structurés fabriquent des sinistres de toutes pièces en répartissant les rôles entre faux accidentés, témoins, garagistes, professionnels de santé et intermédiaires complices.
En 2006, les assureurs britanniques créent l'Insurance Fraud Bureau avec une cible précise : les accidents provoqués en série, le crash for cash, où un conducteur freine brutalement devant une victime choisie pour qu'elle l'emboutisse, puis réclame avec ses passagers des indemnités pour coup du lapin. La fraude organisée, dite fraude « hard », désigne ces sinistres fabriqués de toutes pièces par des groupes structurés qui se répartissent les rôles. Un garagiste surfacture ou atteste de réparations jamais faites, un faux témoin confirme la version, une clinique ou un cabinet produit les certificats médicaux, un intermédiaire recrute des assurés de paille et vend même des contrats fictifs, le ghost broking. Le même véhicule réapparaît d'un dossier à l'autre, la même adresse sert à vingt polices. Ces filières ressemblent de plus en plus à la criminalité organisée au sens pénal : elles blanchissent, recyclent des véhicules volés et travaillent sur plusieurs assureurs à la fois pour qu'aucun ne voie le schéma entier. En France, l'article 313-2 du Code pénal punit l'escroquerie en bande organisée bien plus lourdement que l'escroquerie simple, et l'ALFA coordonne la lutte de la profession. La gestion de sinistre classique ne suffit pas contre elles, parce que chaque dossier pris isolément paraît plausible. Ce qui trahit le réseau, c'est la répétition des mêmes acteurs, et c'est ce que l'analyse de réseaux et le partage de données entre assureurs cherchent à faire apparaître. L'enquête prend alors des mois et se termine au pénal plutôt qu'au contrat. Elle coûte cher, aussi : une cellule anti-fraude choisit ses dossiers selon ce que le parquet est prêt à suivre, et une partie des filières démantelées se reconstitue ailleurs, sous d'autres noms, avec d'autres garages.
Cas type : sur dix-huit mois, un assureur auto relève onze accidents déclarés dans le même département, tous réparés par le même garage et confirmés par deux témoins qui reviennent sous des orthographes différentes. Pris un par un, aucun dossier n'aurait été refusé ; réunis, ils partent au parquet.
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